lundi 18 janvier 2021

Dossier et bilan sur la panthéonisation de Verlaine et Rimbaud.

Comme on le sait le Président de la République a envoyé une lettre à l’avocat de Jacqueline Tessier-Rimbaud dans laquelle on relève ce passage essentiel :


« La tradition qui s’est imposée depuis 1885 vise à honorer des personnalités dont les engagements publics sont identifiés à la transmission des valeurs de la république. Compte tenu du rôle particulier que joue le Panthéon dans la construction d’une mémoire républicaine partagée, je ne souhaite pas aller à l’encontre de la volonté manifestée par la famille du défunt ».


Cette polémique a duré quatre mois. On peut penser que lettre présidentielle y met fin. Jacqueline Tessier-Rimbaud arrière-petite-nièce du poète a joué un rôle essentiel dans la mobilisation contre cette panthéonisation. L’engagement  de la majeure partie des rimbaldiens a aussi été important. En ce qui concerne notre blog on peut se reporter aux articles suivants :



13 septembre 2020 : Rimbaud au Panthéon ? 


17 septembre 2020 : Verlaine et Rimbaud au Panthéon. Cinq arguments contre


20 septembre 2020 : Débat Alain Borer -Frédéric Martel sur France Culture


22 septembre 2020 : L'avis d'un grand rimbaldien sur la panthéonisation de Verlaine et Rimbaud


3 octobre 2020 : Des rimbaldiens opposés à une panthéonisation abracadabrantesque : Olivier Bivort, Gérard Martin, Steve Murphy, Dominique de Villepin


8 novembre 2020 : Rimbaud et Verlaine au Panthéon, arrêt de la polémique


14 janvier 2021 : Rimbaud n’entrera pas au Panthéon

On peut aussi consulter le dossier panthéonade du site d’Alain Bardel







jeudi 14 janvier 2021

Rimbaud n'entrera pas au Panthéon

 On peut consulter deux articles suite à une communication de l’AFP ce jour : 


Le monde : Arthur Rimbaud n’entrera pas au Panthéon, conformément au souhait de sa famille, a décidé Emmanuel Macron


Le Figaro : Emmanuel Macron renonce à la panthéonisation d'Arthur Rimbaud aux côtés de Paul Verlaine

mardi 12 janvier 2021

Les mystères du poème "Honte" de Rimbaud (suite)

On a vu que le dix-neuvième vers du poème Honte était un vers « faux exprès » : 

Qu’à sa mort pourtant, ô mon Dieu !


Tous les autres vers du poème sont des heptasyllabes. À l’aide du manuscrit, examinons en détail cette question. Il se trouve que les vers 19-20 ont été raturés par Rimbaud comme on peut l’ observer ci-dessous :



Claude Jeancolas a donné une excellente explication graphologique de ces ratures du poème dans le volume où il a reproduit tous les manuscrits de Rimbaud. Il écrit  : 

« Dans la première écriture on lisait :

 Pour sa mort pourtant, o mon Dieu/ Que s’élève une prière. Le Pour suivi de pourtant déplait . Rimbaud modifie : au lieu de Pour il choisit Qu’à, ce qui oblige à supprimer le Que du second vers devenu inutile et à mettre une majuscule au  S de s’élève. Pour conserver le même nombre de pieds au second vers, il modifie une prière en quelque prière. Magnifique illustration d’amélioration stylistique continue de Rimbaud »

On obtient donc pour les vers 19-20 :


19 Qu’à sa mort pourtant, ô mon Dieu ! 

20 S’élève quelque prière !


Cependant,  il est dommage que Jeancolas n’ait pas indiqué  que le vers 19 a huit syllabes. Dans la Pléiade André Guyaux qui a aussi examiné le manuscrit précise que le vers 19 comporte un écart syllabique qui est la seule entorse métrique dans ce poème en quatrain heptasyllabique à rimes croisées. Il ajoute que cet écart intervient au moment du vœu final, chrétien de salut. Comme nous allons le voir l’emplacement de cet écart syllabique est d’importance.


André Guyaux et Claude Jeancolas à Charleville 
en 2012. Photo JB.

L’examen du manuscrit montre que Rimbaud a bien modifié exprès le vers 19 comme l’indiquent les modifications précises qu’il a effectuées aux vers 19-20. Mais quel est le sens de cette singularité ?


Si on veut comprendre, il faut pour cela se ramener à l’époque de Rimbaud où un amateur de poésie qui lisait le poème aurait sursauté en réalisant que le vers 19 avait une syllabe de plus que tous les vers précédents. La huitième syllabe étant le mot Dieu, on comprend que c’est un moyen pour Rimbaud de le mettre en valeur  mais d’une façon différente que de le placer en rejet. Ici le sens de la singularité est de dire de Dieu « qu’il est en trop ». Un tel procédé ne nous étonne pas car Rimbaud a montré dans de nombreux poèmes qu’il était friand de tels subtilités. Un exemple parmi d’autres : En décrivant sa Vénus Anadyomène, il indique qu’elle comporte des « singularités qu’il faut voir à la loupe » et suggère au lecteur d’y regarder de plus près. Je crois que tous les vers « faux exprès » de Rimbaud ainsi que les « mauvaises rimes » ont toutes un sens qu’il faut trouver. 


Contrairement à ce que certains critiques ont pu dire des vers de 1872, Rimbaud n’est pas revenu à la foi. Dans le poème Honte il se montre ironique. Il y a encore bien des énigmes  dans ce poème et nous tenterons dans un article suivant de les élucider


mardi 5 janvier 2021

Les mystères du poème "Honte" de Rimbaud

 

Manuscrit de Honte. DR.

Le poème Honte de Rimbaud est apparu pour la première fois en 1886 dans les publications de La Vogue qui publiait le dossier des Illuminations. Ce dossier comportait aussi des poèmes en vers.Verlaine précisait dans sa préface de la plaquette d’octobre 1886 que le manuscrit des Illuminations était composé de courtes pièces en prose et de vers délicieusement faux exprès. Pour les lecteurs de 1886, comme Paul Claudel, les Illuminations n’étaient pas composées que des poèmes en prose. Les éditeurs de Rimbaud ont pensé par la suite que deux dossiers distincts avaient été mélangés. Mais rien n’est moins sûr. Verlaine qui connaissait bien le manuscrit atteste qu’il était constitué de poèmes en vers et en prose. 



J’ai pour ma part prouvé dans un article du Magazine littéraire intitulé « Les poids des Illuminations » (N°489 septembre 2009) que le paquet envoyé à Germain Nouveau de Stuttgart pouvait très bien contenir des poèmes en vers. 


Donc Honte est un de ces poèmes délicieusement faux exprès qui figurait dans le dossier communiqué au directeur de La Vogue. Le manuscrit du poème fut acheté par la suite par Pierre Bérès qui ne le divulgua qu’en 2007. C’est sur cette base que poème a été transcrit dans la dernière Pléiade. Nous le publions ici : 


Tant que la lame n’aura

Pas coupé cette cervelle,

Ce paquet blanc, vert et gras,

A vapeur jamais nouvelle,


(Ah ! Lui, devrait couper son

Nez, sa lèvre, ses oreilles,

Son ventre ! et faire abandon

De ses jambes ! ô merveille !)


Mais non ; vrai, je crois que tant

Que pour sa tête la lame,

Que les cailloux pour son flanc,

Que pour ses boyaux la flamme,


N’auront pas agi, l’enfant

Gêneur, la si sotte bête,

Ne doit cesser un instant

De ruser et d’être traître,


Comme un chat des Monts-Rocheux,

D’empuantir toutes sphères !

Qu’à sa mort pourtant, ô mon Dieu !

S’élève quelque prière !


On sait que Rimbaud avait écrit des poèmes en 1872 qui ne respectaient plus les règles classiques de la versification. Le poème Honte en fait partie. Cependant ce poème à des rimes assez correctes qui sont croisées et respectent l’alternance en genre. Toutefois, plusieurs rimes conjuguent un singulier avec un pluriel et surtout le vers 19 comporte huit syllabes alors que tous les autres en comptent sept. 


Le poème est étrange. Il ne semble pas avoir inspiré des critiques récents. Il comporte plusieurs énigmes à commencer par le titre. Est-ce Rimbaud qui parle de lui ? Le vers 19 est il volontairement « faux exprès » et dans quel but ? Pourquoi y a t-il une strophe entre parenthèses ce qui est semble-t-il unique dans les poèmes en vers de Rimbaud. Quel est le sens du poème ? A-t-il été écrit en 1872 ou 1873 ?


Une seconde partie tentera de donner des réponses à ces questions.