samedi 10 octobre 2020

Une lettre en arabe adressée à Rimbaud révélée dans le Coran ayant appartenu au poète

 

DR. IMA. Cliquer sur l'image.
                                                             

Nous avions signalé le 9 septembre qu’un Coran ayant appartenu à Rimbaud allait être exposé à l’institut du Monde Arabe le 20 septembre. Suite à cette exposition nous avons appris grâce à la conservatrice Mme Olga Andriyanova que ce Coran comportait une lettre inédite écrite en arabe adressée à Rimbaud par l’abban Fârih Kali dont l’existence est attestée par une lettre de Sotiro à Rimbaud du 10  juillet 1891. Sotiro lui apprenait que son Abban Fârih Kali était mort empoisonné par sa femme.  


On peut voir ci-dessus cette lettre et sa transcription avec les explications de Mme Olga Andriyanova.


Hugues Fontaine qui était présent lors de l’exposition a réalisé un beau dossier sur ce sujet.


Note : dans le catalogue de l'exposition Rimbaud de la Bibliothèque Nationale de 1954 sont mentionnés :

450. Coran. Traduction française ayant appartenu à Rimbaud - A Mme Pierre Dufour.

451. Coran manuscrit XIXe s., en provenance du Harrar.-AM. Joseph Tubiana.


samedi 3 octobre 2020

Des rimbaldiens opposés à une panthéonisation abracadabrantesque : Olivier Bivort, Gérard Martin, Steve Murphy, Dominique de Villepin

 


Dominique de Villepin qui a publié naguère : Éloge des voleurs de Feu est un rimbaldien connu. Il vient de publier un important article dans le journal Le Monde dans lequel il s’élève contre la panthéonisation d’Arthur Rimbaud. Rappelons que c’est lui qui avait soufflé à Jacques Chirac le mot abracadabrantesque d’Arthur Rimbaud. Nous avons d’ailleurs appris depuis que Rimbaud n’était pas le premier à avoir utilisé ce terme. Dans son article argumenté l’ancien premier ministre exprime que le débat est loin d’être anodin. « la question d’une éventuelle panthéonisation est loin d’être anecdotique puisqu’en creux se joue la meilleure réponse à apporter aux discours empoisonnés sur l’identité ». Il affirme que « pour Rimbaud, le contresens est total. Pour ce fils du soleil, fulminant contre l’homme blanc et les inepties occidentales qui, à 18 ans, a tourné le dos au Vieux Continent et à la littérature, cette panthéonisation serait une monstruosité ».


Gérard Martin qui fut conservateur pendant trente ans de la bibliothèque de Charleville a exprimé dans un enregistrement peu relayé, que cette panthéonisation n’était pas souhaitable : « je ne pense pas que ce soit une très bonne idée parce que Arthur Rimbaud était quelqu’un de révolté qui se moquait des honneurs, je ne pense pas qu’il ait vraiment sa place au panthéon alors que sa poésie est au panthéon de la littérature mondiale, mais lui en tant que personne je ne suis pas sûr qu’il ait sa place au panthéon » ( voir le second enregistrement )


J’ai déjà signalé un article d’Olivier Bivort contre cette panthéonisation, mais le grand spécialiste de Verlaine éprouve le besoin de faire une mise au point :  « Il ne vient pas à l’esprit de MM. Martel et Cie qu’un homme libre vive aussi sa sexualité librement. Si personne ne songerait à nier que Verlaine et Rimbaud ont entretenu des « amours de tigre », sont-ils pour autant, comme on veut nous le faire croire, des porte-drapeaux de la cause LGBT ? Rien n’est moins sûr. Leur orientation sexuelle suffit-elle à faire d’eux les candidats idéaux à offrir à la reconnaissance de la « patrie » ? Il est légitime de ne pas partager ce point de vue. »


Pour ma part, je ne connais aucun rimbaldien qui soit d’accord avec Frédéric Martel. Il me paraît utile de signaler à cet effet que c’est un fait connu des rimbaldiens que Steve Murphy est opposé au projet de panthéonisation.

samedi 26 septembre 2020

Un dessin d'actualité qui représente Verlaine et Rimbaud

DR. Christie's.

Christie’s a communiqué le 22 septembre un dessin connu de Verlaine et Rimbaud à Londres exécuté par le peintre Regamey, mais on ignorait que ce dessin était inséré dans une lettre que Regamey avait adressée à son frère. Le dessin était reproduit selon le livre de Regamey « Verlaine dessinateur » publié en 1896 soit 24 ans après le dessin original qui figurait dans la lettre. Regamey avait pu récupérer la lettre qu’il avait envoyée à son frère et il avait reproduit son dessin dans « Verlaine dessinateur ». Ce dessin original avait appartenu à la collection Lucien-Scheller. Sa localisation actuelle est inconnue. La lettre est un document exceptionnel, car il donne des précisions inédites qui ne figurent pas dans «Verlaine dessinateur ». Ainsi on ne savait pas que Verlaine et Rimbaud étaient restés trois jours à Londres. Il est plaisant de voir que Regamey trouve Rimbaud hideux. 
Regamey est l’un des rares à avoir reçu un exemplaire de la Saison en enfer de la part de Rimbaud.

La vente est prévue le 3 novembre chez Christie's à Paris. L'estimation est entre 70.000 et 100.000 euros.

mardi 22 septembre 2020

L'avis d'un grand rimbaldien sur la panthéonisation de Verlaine et Rimbaud.( Voir la mise à jour à la fin)


Louis Forestier a établi deux éditions de référence sur Rimbaud. La première aux éditions Gallimard avec une préface de René Char s’intitule : Poésies, Une Saison en enfer, Illuminations. La seconde aux éditions Bouquins donne les œuvres complètes et la correspondance. Pour cet ouvrage, remarquons que c’est chez le même éditeur que la nouvelle édition de la biographie de Jean-Jacques Lefrère a été donnée.

Louis Forestier est un rimbaldien historique. Je pense qu’il est le plus ancien et il a joué un rôle très important dans les études rimbaldiennes. J’ai le plaisir d’être en contact avec lui et nous avons souvent de longues discussions principalement sur la littérature. Tout récemment, je l’ai interrogé sur la question actuelle de la panthéonisation de Rimbaud. Je lui ai demandé son opinion qu’il m’a autorisée à faire savoir.

Voici comment il voit les choses : Il faut d’abord examiner les critères qui permettent d’entrer au Panthéon. Ils n’ont pas changé fondamentalement depuis l’entrée de Victor Hugo au Panthéon en 1885 : « Les restes des grands hommes qui ont mérité la reconnaissance nationale y seront déposés ». 

La question qui s’impose est donc de savoir si Rimbaud et Verlaine méritent la reconnaissance nationale. Cette reconnaissance doit être unanime et incontestée. C’est par exemple le cas de celle de Jean Moulin où plus récemment en 2018 celle de Simone Veil. Il s’agit d’êtres admirables dans leur action et dans leur vie.

Prenons le cas de Rimbaud. Quel service a-t-il rendu à la nation ? Est-ce en vendant des armes au Roi Ménélik ? Rimbaud a toujours été fâché avec sa patrie qu’il a quittée pour une autre contrée où il serait plus libre. Son obsession sur son lit de mort à Marseille était d’y retourner. Le fait que Rimbaud soit un poète de génie n’est pas suffisant pour entrer au panthéon. À l’évidence ce n’est pas une figure nationale. Pour Verlaine, c’est encore pire. C’est un grand poète certes, mais, peut-on donner une reconnaissance nationale à un homme qui battait sa femme, son enfant, qui a tenté de tuer Rimbaud et qui est allé une seconde fois en prison pour avoir menacé sa propre mère ?

Dans ces conditions on voit bien que Rimbaud et Verlaine ne peuvent rentrer au Panthéon. On comprend alors que la question de la sexualité de Rimbaud et Verlaine est hors sujet.

Mise à jour 15H 10,

Louis Forestier m'envoie ce message qu'il souhaite que je reproduise sur mon blog :

 Cher ami,

   Je vous remercie de m’avoir introduit dans votre blog et, pour clore nos bavardages, vous adresse, comme dit Bossuet, 'les restes d’une voix qui tombe et d’une ardeur qui s’éteint '.

   Nous avons beaucoup parlé de Rimbaud ces temps-ci. Notamment des raisons invoquées pour et contre une « panthéonade ». Elles sont diverses, parfois solides, parfois spécieuses, et conduisent à se demander si cette pétition spécifique ne recouvre pas des desseins plus lointains et fort différents.

   Aussi avez-vous raison de rappeler qu’il me semble que la question doit être posée autrement. Vous me faites me demander si l’on peut donner une reconnaissance nationale à un poète qui bat sa femme et tente d’assassiner son amant ou à un autre qui pratique le trafic d' armes. A vrai dire, ce n’est pas le problème.

   Ce qui importe c’est de comprendre ce qu'exige aussi l’entrée au Panthéon : la conscience collective par la nation d’une dette commune à l’égard d’un individu. Hugo, Jean Moulin ou Simone Veil répondent à ce critère.

   Que Rimbaud, et même Verlaine, soient de grands poètes, qu’ils nous inspirent à titre personnel, Madame la Ministre de la culture ou Monsieur Martel l’ont très bien dit. Que La Patrie, l’ensemble des Français (tous les connaissent-ils ?) puissent leur être collectivement reconnaissants à tous deux d'un service éminent et d'une vie tangiblement changée, ce n’est pas sûr. 

   Bien amicalement à vous. » 

Merci

L.F.

dimanche 20 septembre 2020

Débat Alain Borer - Frédéric Martel sur France Culture

Débat Alain Borer - Frédéric Martel sur France Culture émission "signes des temps" du dimanche 20 septembre à 12 heures 45

Mis à jour à 19 H

jeudi 17 septembre 2020

Verlaine et Rimbaud au Panthéon.Cinq arguments contre.

Dans une lettre au Président, des artistes, écrivains, poètes et rimbaldiens donnent cinq arguments contre la Réunion de Verlaine et Rimbaud au Panthéon.

À lire dans " Le Monde" du vendredi 18 septembre.

Pour les abonnés on peut lire la totalité de l'article en ligne.

Je fais partie des signataires de la lettre au Président.

Jacques Bienvenu

dimanche 13 septembre 2020

Rimbaud au Panthéon ?


Le Panthéon sous l'Empire. DR.

Frédéric Martel a fait sensation en proposant récemment de réunir Verlaine et Rimbaud au Panthéon. Cette annonce coïncide avec la publication de la réédition de la biographie de Jean-Jacques Lefrère avec une préface de Frédéric Martel dans laquelle il expose les raisons qui selon lui justifieraient sa proposition.

Une pétition en forme de lettre au Président de la République a été signée par la quasi-totalité des anciens ministres de la Culture et approuvée avec enthousiasme par Roselyne Bachelot l’actuelle ministre de la Culture. Cela donne un poids considérable à cette pétition que l’on peut lire ici

Plusieurs personnalités commencent à s’exprimer en rejetant cette proposition. André Guyaux vient de publier un article en ligne dans lequel il expose les raisons de sa réticence à voir Rimbaud au Panthéon. Alain Tourneux le premier a aussi réagi en exprimant son rejet de la proposition. Jacqueline Tessier Rimbaud, arrière-petite-nièce du poète rejette violemment cette idée. La décision appartient au Président Macron, mais si la famille s’y oppose ce ne sera pas possible. Ce fut le cas pour Albert Camus.

Pour se faire une idée, on peut lire :

Les arguments de Frédéric Martel qui dépense une énergie considérable  

Notre opinion rejoint celles d’André Guyaux, Alain Tourneux et Olivier Bivort.

J.B.

mercredi 9 septembre 2020

L'autre Rimbaud


David Le Bailly vient de publier un livre intitulé « L’autre Rimbaud » qui raconte l’histoire de Frédéric Rimbaud frère du poète (ne pas confondre avec Frédéric Rimbaud le père). Ce qu’on peut d’abord reprocher au livre c’est de mélanger les genres. Le Bailly nous dit que son livre est un roman, mais il le présente comme une biographie. Il précise qu’il a consulté des archives et trouvé des informations inédites, mais il n’y a aucun appareil critique de sorte qu’on ne sait pas si certains éléments dont il parle sont des hypothèses ou le fruit d’une recherche personnelle. Par exemple : Frédéric Rimbaud a-t-il reçu un courrier de son père qui lui aurait demandé des nouvelles de ses frères et sœurs ? Est-il allé voir Verlaine à Coulommes qui lui aurait offert un exemplaire des « Poètes maudits » ? Ces informations seraient précieuses si elles s’avéraient exactes. Le Bailly reproche aux biographes de Rimbaud quand ils parlent de Frédéric des « éléments non vérifiés, des incohérences, des racontars, des souvenirs brumeux ; peu de documents écrits, de pièces en bonne et due forme ». Il va même plus loin dans sa critique : il y voit « un mépris de classe, le dédain des savants de la Sorbonne pour la vie de l’autre Rimbaud, vu comme un moins que rien, un rebut social ». 

Mais, Le Bailly se montre-t-il plus sérieux dans son livre que les biographes qu’il critique ? C’est déjà un problème car il fait des erreurs qui sont patentes. L’auteur rappelle que la photo de la première communion, en couverture du livre et à laquelle il attache une importance primordiale, avait été falsifiée et il précise qu’Isabelle avait signé son crime en écrivant : « je certifie que ce portrait est bien celui de mon frère à l’âge de 11ans. ». Portrait qui venait de la donation André Gide en 2012 au musée Rimbaud et qui faisait suite à des recherches qui m’avaient conduit sur les traces de deux photos Carjat. Le Bailly écrit sur la photographie d’Arthur à la fin de son ouvrage qu’elle a été retouchée par Isabelle en 1910. Or c’est une erreur. C’est Paterne Berrichon qui est à l’origine de la retouche. Voici une autre erreur : Le Bailly écrit qu’Isabelle a supprimé dans la correspondance publiée par Berrichon tous les passages concernant Frédéric. Or ce n’est pas Isabelle mais Berrichon qui a caviardé les lettres. De plus, il est inexact de dire que Frédéric a été supprimé de toutes les lettres. Ainsi dans celle du 15 février 1881 Rimbaud écrit une information importante : « À propos, comment n’avez-vous pas retrouvé le dictionnaire arabe ? Il doit être à la maison cependant. Dites à Frédéric de chercher dans les papiers arabes un cahier intitulé : Plaisanteries, jeux de mots, etc.,en arabe, et il doit y avoir aussi une collection de dialogues, de chansons, ou je ne sais quoi , utile à ceux qui apprennent la langue. S’il y a un ouvrage en arabe envoyez ». Il se trouve en plus que cette lettre est d’actualité car le 20 septembre une exposition à l’institut du monde arabe expose un Coran, dont on avait perdu la trace, ayant appartenu à Rimbaud.

Coran ayant appartenu à Rimbaud. DR IMA.

C’est donc une situation irritante de ne pas savoir à quoi s’en tenir avec les anecdotes de Le Bailly. Cela dit, le récit est intéressant et l’idée était bonne de faire un livre sur le frère de Rimbaud. Il permet de mieux comprendre l’évolution des relations de Frédéric avec sa famille. De notre point de vue, l’auteur aurait mieux fait d'écrire une biographie en précisant ses sources et en indiquant ses hypothèses ou ses certitudes. On peut ajouter que pour les rimbaldiens il est utile car il fait réfléchir.
L’auteur donne tout de même des indications bibliographiques, en particulier il précise que son ouvrage n’aurait pas pu voir le jour sans le travail de Jean-Jacques Lefrère. Il mentionne ainsi une douzaine de références dont notre blog.

Voir une autre critique du livre dans l’article de Frédéric Martel : Un automne avec Rimbaud

dimanche 30 août 2020

Actualité rimbaldienne (mis à jour le 2 septembre)

Voir un long article sur France Culture : Un automne avec Rimbaud qui fait le bilan de l’actualité rimbaldienne récente.

Nouvelle édition du Rimbaud de Jean-Jacques Lefrère, collection Bouquins, Robert Laffont (à paraître le 10 septembre). 

Dans le cadre de l’exposition Rimbaud - Soleillet à Nîmes, Une Saison en Afrique on retiendra les manifestations de septembre :  trois jours avec Rimbaud et Soleillet 10, 11 et 12 septembre. 

Rimbaud d’Arabie ou les aventures d’un poète entre les deux rives de la mer Rouge, Institut du monde arabe, 20 septembre 2020, Paris. (mis à jour le 2 septembre).

samedi 1 août 2020

Dossier Voyelles 5



La dernière étude importante écrite à notre connaissance sur Voyelles est celle de Liesl Yamaguchi intitulée : « Correspondances. La couleur des voyelles chez Lévi-Strauss, Jakobson, Rimbaud et Banville ». C’est un article remarquable et très érudit. L’étude de Levi-Strauss sur Voyelles est très peu connue et méritait cette information. Il serait trop long de rendre compte ici de ce qui concerne Jakobson et Levi-Strauss. Je me contente de signaler un domaine que je connais bien et qui concerne Banville et Rimbaud, sujet sur lequel j’ai travaillé pendant de longues années. Il m’est agréable d’observer que Liesl Yamagushi est informée de mes travaux. 
Voici un extrait de ce son article qui me concerne :
Se pourrait-il que le sonnet « Voyelles » soit impliqué lui aussi dans ce débat au sujet de la rime opposant Rimbaud et Banville, survenu entre l’automne 1870 et l’hiver 1871-1872 ? Les faits historiques, méticuleusement assemblés par Bienvenu, semblent indiquer que c’est bien le cas. Notant les rimes extrêmement riches de « Voyelles », d’ailleurs souvent remarquées par les commentateurs, Bienvenu y voit « une attaque subtile à cet égard contre le petit traité de Banville ». Remettant en cause la proposition de Murat selon laquelle «Voyelles» serait « le vrai manifeste rimbaldien de la rime riche », Bienvenu y voit plutôt « un faux manifeste de la rime riche » : une parodie de la survalorisation de la rime riche chez le grand parnassien. Si Banville affirmait que l’« on n’entend dans un vers que le mot qui est à la rime » et que ce mot seul détermine la « couleur » du vers, observe Bienvenu, Rimbaud semble contredire directement le maître dans ce sonnet dont les rimes offrent :
un jeu caricatural de rimes riches ultras riches, banvillesques, mais qui ne remplit pas le devoir que les mots à la rime devraient accomplir selon Banville. Ce ne sont pas les mots qui riment du sonnet qui expriment les visions du poète, mais surtout les autres placés au début ou au milieu des vers. (Bienvenu, « Intertextualités rimbaldiennes : Banville, Mallarmé, Charles Cros », Parade sauvage 21, 2006, p. 81)
La totalité de l’article publiée dans la revue Parade sauvage 2019, n°30 peut être consultée en ligne sur le site de la revue.

Liesl Mariejensen Yamaguchi (née le 27 février 1984 à Santa Monica, Californie, États - Unis ) est une chercheuse littéraire américaine, enseignante en traduction et traductrice. Liesl Yamaguchi a retraduit en anglais le roman Le Soldat inconnu, publié en 1954 par l'auteur finlandais Väinö Linna. Liesl Yamaguchi a étudié la linguistique générale et le finnois aux États-Unis et en Finlande. Elle est doctorante à la prestigieuse Université de Princeton aux États-Unis. En 2015, elle a travaillé comme professeur d'études de traduction à l'Université de Tampere en Finlande et comme chercheuse doctorante invitée à l'École normale supérieure de Paris.

À suivre

dimanche 5 juillet 2020

Dossier Voyelles 4



À quel moment  le poème Voyelles s’inscrit dans l’oeuvre de Rimbaud ?

On ne connaît pas la date exacte où Rimbaud a écrit ce poème. Cependant quelques indications peuvent la préciser. Quand Verlaine le présente dans Les Poètes maudits, il laisse entendre que le poème a été écrit en 1871. Aucune date ne figure sur le manuscrit. Néanmoins on a concernant  le manuscrit une indication importante : il avait été remis à Émile Blémont créateur de la revue de La Renaissance littéraire et artistique. Il est donc certain que le sonnet a été écrit avant le départ de Rimbaud en juillet 1872. En juin 1872, Rimbaud dans une lettre à Delahaye lui demandait de « chier sur la Renaissance, journal littéraire et aristique(sic) ». Des critiques ont alors pensé qu’il était déçu que le sonnet des Voyelles n’y soit pas publié. 

 Coin de Table où l'on peut voir Blémont debout au centre. DR.


En outre, on sait qu’en mai 1872 Rimbaud change de poétique et que ses nouveaux poèmes ne respectent pas les règles de la prosodie classique. Verlaine d’ailleurs dans sa présentation des Poètes maudits avait écrit : « Son vers solidement campé, use rarement d’artifices. Peu de césures libertines, moins encore de rejets. Rimes très honorables. Nous ne saurions mieux justifier ce que nous disons-là qu’en vous présentant le sonnet des Voyelles. » 

Or, c’est justement dans les rimes que réside une originalité majeure. Non seulement le poème est bien rimé mais les rimes sont d’une richesse extrême et elles sont toutes féminines sauf deux qui sont masculines (yeux/studieux). Pourtant Rimbaud avait toujours respecté la règle d’alternance des rimes. Il semble donc que Voyelles représente le moment où la poésie de Rimbaud bascule vers les poèmes parfois sans rimes de mai 72 qui ne respecteront plus les règles classiques notamment l’alternance des rimes féminines et masculines.

On peut  comprendre ce basculement dans le chapitre Alchimie du verbe d’Une Saison en enfer dans lequel Rimbaud explique ce qu’il appelle à ce moment sa folie poétique passée.

Il est significatif que Rimbaud y présente Voyelles comme une expérience de la Voyance. Citons-le : « J'inventais la couleur des voyelles ! A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. Je réglais la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais la traduction. »

Il est certain qu’on peut relier ce passage à la lettre du Voyant à Demeny dans laquelle il disait : « Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. »

Remarquons qu’il ne cite pas en entier le poème Voyelles que le lecteur de 1873 ne pouvait  pas connaître. Il se contente de dire qu’il avait inventé la couleur des voyelles. En revanche il cite entièrement des poèmes de mai 1872 qui ont la réputation d’être particulièrement hermétiques.

Le sonnet des Voyelles lui-même est hermétique, cependant faut-il réserver la traduction comme le dit Louis Forestier ?


À suivre 

jeudi 2 juillet 2020

Un été avec Rimbaud


Sur France-inter UN ÉTÉ AVEC RIMBAUD
Du lundi au vendredi à 7h55 par Sylvain Tesson
L’écrivain-voyageur revisite l’oeuvre de l’un des plus grands poètes français. Belle occasion de (re)découvrir les recueils, les correspondances, la précocité du génie et sa vie aventureuse qui ont contribué à forger la légende de ce poète.


Prochain article : Dossier Voyelles 4

vendredi 19 juin 2020

Dossier Voyelles 3


L’affaire la plus importante concernant le poème Voyelles date de l’année 1961. Dans la Revue Bizarre, numéro spécial 21/22 du quatrième trimestre 1961, dirigée par Jean-Jacques Pauvert, paraissait un article intitulé A-T-ON LU RIMBAUD ? L’auteur restait anonyme sous les initiales R. F. On reproduisait en première page le manuscrit autographe du sonnet Voyelles. Les initiales R. F. seront expliquées par la suite. Ce sont celles de Robert Faurisson qui deviendra le regrettable révisionniste, mais qui était à l’époque professeur de lettres dans un lycée de jeunes filles.



Il s’agissait de révéler une nouvelle clé du sonnet qui relevait selon l’auteur de l’article d’une mystification érotique. La clé consistait a interpréter le sonnet selon la forme des voyelles. « C’est un blason de la Femme vue de haut en bas »[…]Les formes de Voyelles suggèrent les formes de la Femme. De plus l’évocation se fait in coïtu du point de départ à l’extase, du commencement à la pointe du sonnet ou pour parler comme Rimbaud de A jusqu’à ». Il résume par un schéma (voir ci-dessous) et expose longuement sa démonstration.



L’article de Bizarre restait confidentiel, mais un journaliste désirait lancer l’affaire. Dans Paris-Presse le 9 novembre 1961 un certain Jean-François Devais publiait un article intitulé « Un mystère Rimbaud éclairci » qui annonçait que le célèbre sonnet des Voyelles était un canular licencieux.

Le 11 novembre 1961 le même Devay écrivait un autre article « On se bat pour Rimbaud ». Dans le courrier de Paris-Presse, Pierre Bergé, l’ami d’Yves Saint -Laurent, prenait position contre en préférant l’interprétation de l’abécédaire. D’autres prenaient position pour l’interprétation érotique.

Dans la revue Arts, Robert Sabatier publiait le 29 novembre un article intitulé «  Le sonnet des voyelles a-t-il une interprétation érotique » ? un long article, en gros favorable.

Henri Cazals le 4 décembre 1961 publiait dans Combat « Rimbaud sans les voyelles ». Il terminait par cette phrase que reprendra Etiemble plus tard : « C’est le jour où le sonnet des Voyelles ne sera plus pris au sérieux que l’on pourra parler sérieusement de Rimbaud »

Dans France Soir du 16 décembre 1961 Anne-Marie de Vilaine dans son article «  Mauriac avait raison » révèle que l’auteur de l’interprétation sexuelle du sonnet est un professeur de lettres dans un lycée de jeunes filles à Vichy et qu’il se nomme Robert Faurisson. Mauriac intervient dans le titre de l’article car un lecteur effarouché avait écrit à Jean-Jacques Pauvert en lui disant que Mauriac avait raison en le traitant de Diable.

Le 28 décembre 1961, on pouvait lire dans France-Observateur un très long article intitulé : « Voyelles », un poème érotique ? 
Quatre rimbaldiens prennent position dans des articles que l’on résume ainsi : Antoine Adam : « Une démonstration éclatante ». André Breton : « J’approuve, mais… ». René Etiemble : « Pas de temps à perdre ». André-Pierre de Mandiagre : « Une tentative intelligente »


Le 28 décembre 1961, Robert Poulet publiait dans Rivarol  un long article intitulé : «  Une thèse révolutionnaire sur Rimbaud »

Le 3 janvier 1962 Pascal Pia dans Carrefour donnait un article fort intéressant intitulé « exercices de lectures » qui n’était pas favorable à Faurisson. Rappelons que Pia avait cautionné la fameuse fausse Chasse spirituelle en 1949 et qu'en 1962  il allait publier la seconde édition de l’Album zutique édité par Jean-Jacques Pauvert décidément bien présent dans cette histoire.

Le 13 janvier 1962, un article de Robert Kanters dans Le Figaro littéraire intitulé « Rimbaud livré aux professeurs ». L’article sur Voyelles est jugé utile et en partie convaincant.

Le 18 janvier 1962 René Lacoste dans Les lettres Françaises estime que la nouvelle étude apporte sur Rimbaud de nouvelles lumières.

Le 3 février 1962, Etiemble répond cette fois plus longuement aux interprétations de Faurisson dans Le Monde. Les mouches qui bombinent autour des puanteurs cruelles ne désignent pas la nature de la femme mais une allusion à La Charogne de Baudelaire. Le dernier tercet de Voyelles évoque « le silence éternel des espaces infinis » où retentira au moment de l’oméga, symbole de la mort, la trompette du jugement dernier; ces espaces où, selon le christianisme, circulent aussi les anges.

Enfin , un long article de O. Mannoni dans Les temps modernes de mars 1962 intitulé « le besoin d’interpréter ». L’auteur s’étonne de la passion extrême avec laquelle, au sujet de ces quatorze vers de Voyelles, les divers interprètes brandissent leurs diverses interprétations et il observe qu’ils manifestent une extraordinaire intolérance. 

Tous ces articles ont été retranscrits dans le numéro 23 de la revue Bizarre du deuxième trimestre 1962.

À suivre...

samedi 6 juin 2020

Dossier Voyelles 2



L’interprétation la plus importante du Sonnet des Voyelles intervint en 1950 avec Jacques Gengoux dans son livre : La pensée poétique de Rimbaud. Il trouve un premier intertexte dans L’Histoire de la Magie d’Eliphas Levi, livre publié en 1860 et donc que Rimbaud a pu lire. Cet intertexte est le suivant :


Qui fait écho au vers des Voyelles :
Silence traversé des Mondes et des Anges.

Cependant Gengoux va beaucoup plus loin avec la magie et l’occultisme et donne à partir du Sonnet des Voyelles une interprétation globale de la pensée poétique de Rimbaud pendant 134 pages !  

Cette thèse a été très critiquée dans  un livre entier consacré au Sonnet des Voyelles par Etiemble en 1968,  dont nous reparlerons . 



La biographe anglaise Enid Starkie qui avait parlé de Levi avant Gengoux développe la thèse que les couleurs des voyelles de Rimbaud correspondent à l’ordre exact donné par l’alchimie pendant le processus de la production du philosophe, l’élixir de vie. Elle se base aussi sur le vers :

Que l’Alchimie imprime aux grands fronts studieux.

Elle pense que Rimbaud a pu s’inspirer de deux sources complémentaires : l’abécédaire pour les couleurs de chaque voyelle; la doctrine alchimique pour leur ordre et leur signification. Elle est persuadée que Rimbaud a lu Le Dictionnaire mytho-hermétique de Dom Pernety dans lequel on peut trouver les symboles et métaphores qui abondent, dit-elle, dans le Sonnet des Voyelles.
Les thèses de Gengoux et Starkie pour le sonnet sont reprises en 1980 par un certain David Guerdon qui développe son explication dans son livre : Rimbaud la clef alchimique : chapitre VI, Le chemin initiatique de Voyelles.

Enid Starkie par Patrick George. DR.
À suivre...

vendredi 29 mai 2020

Dossier Voyelles 1


Le sonnet des Voyelles est, à plus d’un titre un poème majeur de Rimbaud. Après que Verlaine en eu révélé l’existence dans ses Poètes maudits, d’abord dans la revue Lutèce en 1883, puis en plaquette en avril 1884 chez Vanier, Rimbaud fut pendant une longue période connu essentiellement comme l’auteur de ce poème. Il s’était créé à Paris au Quartier latin une école qui se réclamait de ce poème. Rimbaud était devenu sans le vouloir un chef de l’école décadente et symboliste. Il l’avait appris en 1888 par une lettre de Paul Bourde qui lui écrivait : « quelques jeunes gens ont essayé de fonder un système littéraire sur la couleur des lettres ». Dans la presse de l’époque on parlait du « fameux » ou du « célèbre » sonnet des Voyelles. La Nouvelle Revue de novembre 1887 citait «  le fameux sonnet des Voyelles » suivi de cette remarque : « tel fut le premier manifeste de l’école symboliste ». Un réédition des Poètes maudits était donnée en 1888. Le 10 janvier 1890 dans L’Écho de Paris Maupassant  citait le « célèbre sonnet d’Arthur Rimbaud, qui raconte les nuances des voyelles, vraie déclaration de foi, adoptée par l’école symboliste. » Maupassant poursuivait : « Pour beaucoup de nos grands hommes ce poète est un fou ou un fumiste. Pour d’autres il a découvert une absolue vérité. » On voit se dessiner ici deux opinions qui resteront longtemps d’actualité. Il y aurait un côté fumiste du sonnet déjà entrevu par Verlaine qui le considère « un peu fumiste » dans sa préface aux Poésies complètes de Rimbaud en 1895. De même, François Coppée a publié dans les Annales politiques et littéraires, en 1893, une Ballade des vieux Parnassiens qu’il convient de retranscrire ici :

Rimbaud, fumiste réussi,
Dans un sonnet que je déplore,
Veut que les lettres O, E, I
Forment le drapeau tricolore.
En vain le décadent pérore,
Il faut sans « mais », ni « car », ni « si »
Un style clair comme l'aurore :
Les vieux Parnassiens sont ainsi.

En revanche dans son Traité du verbe, René Ghil avait pris très au sérieux la couleur des voyelles en en faisant toute une théorie dont Verlaine se moquait gentiment.

Un ouvrage de E. Vigié-Lecocq, La poésie contemporaine (1884-1896), résumait les impressions sur le sonnet de Rimbaud, faisant référence à l’audition colorée qui était en vogue à ce moment. 
« Est-ce fantaisie d’ironiste ou observation curieuse de psychologue, se demanda-t-on ? Puis les témoignages se sont multipliés. On a constaté un phénomène rare et tout subjectif. Dans le cas d’audition colorée, chaque son varie de teinte suivant l’oreille qui le perçoit et ces impressions un peu flottantes échappent ou se faussent si l’on veut les déterminer rigoureusement. » Puis il donne un sonnet qui rend des impressions différentes de celles de Rimbaud.

Pour nos sens maladifs voluptueusement
Les sons et les couleurs s’échangent. Les voyelles,
En leurs divins accords, aux mystiques prunelles
Donnent la vision qui caresse et qui ment.

A , claironne vainqueur en rouge flamboiement,
E, soupir de la lyre, a la blancheur des ailes
Séraphiques. Et l’I, fifre léger, dentelles
De sons clairs, est bleu céleste ment.

Mais l’archet pleure en O sa jaune mélodie,
Les sanglots étouffés de l’automne pâlie
Veuve du bel été, tandis que le soleil

De ses baisers saignants rougit encore les feuilles.
U, viole d’amour, à l’avril est pareil :
Vert, comme le rameau de myrte que tu cueilles.

Cependant les études sur le sonnet des Voyelles vont continuer pendant tout le vingtième siècle. 
Dans le Mercure de France du 1er novembre 1904, Ernest Gaubert proposait une « explication nouvelle du Sonnet des Voyelles d’Arthur Rimbaud », une des rares interprétation encore retenue de nos jours.

Gallica.DR.


À suivre…

lundi 11 mai 2020

Les splendides villes




En ce premier jour du déconfinement, on peut simplement citer cette phrase que  Rimbaud a écrite à la fin de sa Saison en enfer

« Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes »