mercredi 9 septembre 2020

L'autre Rimbaud


David Le Bailly vient de publier un livre intitulé « L’autre Rimbaud » qui raconte l’histoire de Frédéric Rimbaud frère du poète (ne pas confondre avec Frédéric Rimbaud le père). Ce qu’on peut d’abord reprocher au livre c’est de mélanger les genres. Le Bailly nous dit que son livre est un roman, mais il le présente comme une biographie. Il précise qu’il a consulté des archives et trouvé des informations inédites, mais il n’y a aucun appareil critique de sorte qu’on ne sait pas si certains éléments dont il parle sont des hypothèses ou le fruit d’une recherche personnelle. Par exemple : Frédéric Rimbaud a-t-il reçu un courrier de son père qui lui aurait demandé des nouvelles de ses frères et sœurs ? Est-il allé voir Verlaine à Coulommes qui lui aurait offert un exemplaire des « Poètes maudits » ? Ces informations seraient précieuses si elles s’avéraient exactes. Le Bailly reproche aux biographes de Rimbaud quand ils parlent de Frédéric des « éléments non vérifiés, des incohérences, des racontars, des souvenirs brumeux ; peu de documents écrits, de pièces en bonne et due forme ». Il va même plus loin dans sa critique : il y voit « un mépris de classe, le dédain des savants de la Sorbonne pour la vie de l’autre Rimbaud, vu comme un moins que rien, un rebut social ». 

Mais, Le Bailly se montre-t-il plus sérieux dans son livre que les biographes qu’il critique ? C’est déjà un problème car il fait des erreurs qui sont patentes. L’auteur rappelle que la photo de la première communion, en couverture du livre et à laquelle il attache une importance primordiale, avait été falsifiée et il précise qu’Isabelle avait signé son crime en écrivant : « je certifie que ce portrait est bien celui de mon frère à l’âge de 11ans. ». Portrait qui venait de la donation André Gide en 2012 au musée Rimbaud et qui faisait suite à des recherches qui m’avaient conduit sur les traces de deux photos Carjat. Le Bailly écrit sur la photographie d’Arthur à la fin de son ouvrage qu’elle a été retouchée par Isabelle en 1910. Or c’est une erreur. C’est Paterne Berrichon qui est à l’origine de la retouche. Voici une autre erreur : Le Bailly écrit qu’Isabelle a supprimé dans la correspondance publiée par Berrichon tous les passages concernant Frédéric. Or ce n’est pas Isabelle mais Berrichon qui a caviardé les lettres. De plus, il est inexact de dire que Frédéric a été supprimé de toutes les lettres. Ainsi dans celle du 15 février 1881 Rimbaud écrit une information importante : « À propos, comment n’avez-vous pas retrouvé le dictionnaire arabe ? Il doit être à la maison cependant. Dites à Frédéric de chercher dans les papiers arabes un cahier intitulé : Plaisanteries, jeux de mots, etc.,en arabe, et il doit y avoir aussi une collection de dialogues, de chansons, ou je ne sais quoi , utile à ceux qui apprennent la langue. S’il y a un ouvrage en arabe envoyez ». Il se trouve en plus que cette lettre est d’actualité car le 20 septembre une exposition à l’institut du monde arabe expose un Coran, dont on avait perdu la trace, ayant appartenu à Rimbaud.

Coran ayant appartenu à Rimbaud. DR IMA.

C’est donc une situation irritante de ne pas savoir à quoi s’en tenir avec les anecdotes de Le Bailly. Cela dit, le récit est intéressant et l’idée était bonne de faire un livre sur le frère de Rimbaud. Il permet de mieux comprendre l’évolution des relations de Frédéric avec sa famille. De notre point de vue, l’auteur aurait mieux fait d'écrire une biographie en précisant ses sources et en indiquant ses hypothèses ou ses certitudes. On peut ajouter que pour les rimbaldiens il est utile car il fait réfléchir.
L’auteur donne tout de même des indications bibliographiques, en particulier il précise que son ouvrage n’aurait pas pu voir le jour sans le travail de Jean-Jacques Lefrère. Il mentionne ainsi une douzaine de références dont notre blog.

Voir une autre critique du livre dans l’article de Frédéric Martel : Un automne avec Rimbaud

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