mercredi 17 décembre 2014

Une idée suscitée par le dessin animé d'Erwan Le Gal



En regardant le magnifique dessin animé d' Erwan Le Gal, j'ai pensé aussi au Trésor de Rackham Le Rouge d'Hergé. On y voit le même genre de scaphandre, une île, un bateau englouti, un trésor, des requins et même Le Nautilus qui ressemble au sous-marin inventé par Tournesol.

Il se trouve qu'il existe une source méconnue de cette œuvre majeure d'Hergé qui est précisément un livre de Jules Verne : Les enfants du capitaine Grant où trois messages sont trouvés dans un requin. Ceux-ci par superposition donnent la clé du mystère. Je viens de relire cet ouvrage publié en 1868 et je me demande si on aurait pas là aussi un intertexte important de l'oeuvre de Rimbaud. Pas seulement d'ailleurs pour Le Bateau ivre,
  


mais aussi à cause des « rios » et des « pampas », mots que l'on trouve dans d'autres poèmes de Rimbaud. Une piste à explorer peut-être davantage.

Je remercie Erwan Le Gal d'avoir redonné à Jules Verne toute son importance pour Rimbaud. Il y a un passage dans le livre qui a peut être marqué Hélène Grimaud : Les loups rouges

JB

dimanche 14 décembre 2014

La disparition

Nous avions déjà observé que tous les liens concernant la méthode biométrique de Brice Poreau pour identifier Rimbaud sur la photographie d'Aden nous donnaient comme résultat  404 Not Found.

Voyez les liens ci  dessous :


On arrive sur la page du laboratoire S2HEP de Brice Poreau (Sciences, Société, Historicité, Éducation et Pratiques) et on lit :

Ressource introuvable
La page que vous avez demandé n'existe pas.


Nous nous permettons de signaler cette nouvelle disparition.

On nous informe, ce jour 15 décembre, que Brice Poreau fait partie des membres permanents du laboratoire et que son nom y figure mais que son lien est désactivé. Voir le commentaire.








mercredi 10 décembre 2014

Citer un article du blog

Pour citer un article il faut utiliser les normes suivantes :

Nom de l'auteur / titre de l'article / consulté le : jour, heure, minute / adresse électronique.

Il est important de donner la date car un texte électronique peut être modifié à tout moment. 

Voici un exemple de citation bien faite :

Jacques Bienvenu, « la pagination des Illuminations, consulté le 26/09/2012 sur internet à l’adresse : http://rimbaudivre.blogspot.fr/2012/02/la-pagination-des-illuminations-par.html.
Cité par : Michel Murat,  L’Art de Rimbaud, Corti, 2013, p.204, note 27.

Néanmoins, Il aurait fallu préciser aussi l'heure et la minute de consultation.

Naturellement, il arrive que le blog ne soit pas cité du tout. C'est le cas d'un petit livre sur Rimbaud, publié cette année, qui profite de la découverte de Yves Jacq concernant Maurice Bouchor, sans la mentionner.

Consolons nous :  si on est pillé c'est une preuve de richesse !


lundi 1 décembre 2014

Le Rimbaud nouveau, par Jacques Bienvenu







Dans la première partie de son livre : Du Nouveau chez Rimbaud, Eddie Breuil rappelant les incertitudes de la transmission des manuscrits des Illuminations reproduit un extrait de la lettre de Verlaine adressée à Delahaye envoyée deux mois après l'entrevue de Stuttgart :

Si je tiens à avoir détails sur Nouveau, voilà pourquoi. Rimbaud m'ayant prié d'envoyer pour être imprimés des « poèmes en prose » siens, que j'avais ; à ce même Nouveau, alors à Bruxelles ( je parle d'il y a deux mois), j'ai envoyé ( 2fr.75 de port !!!) illico... 

Eddie Breuil interprète ce passage en estimant possible : « que par  poèmes en prose  siens, Verlaine n'ait pas fait allusion à des poèmes de Rimbaud mais à ceux de Germain Nouveau. En effet, la tournure de la phrase dans laquelle « siens » est lu comme une référence à Rimbaud est ambigüe : Nouveau et Rimbaud ayant été évoqués précédemment [...]1 ».

Je laisse à Eddie Breuil cette interprétation d'une phrase de Verlaine dans laquelle Je ne vois rien d'ambigu. « siens » se rapporte naturellement à Rimbaud dont le nom est mentionné au début de la phrase. Verlaine connaissait les règles de la syntaxe.

Concernant les « 2fr.75 de port », il signale que j'avais donné un poids approximatif situé entre 70 et 90 gr dans mon article du Magazine littéraire intitulé « Les poids des Illuminations ». J'avais montré que cela correspondait dans tous les cas (envoi recommandé ou non) à la totalité des feuillets des poèmes en prose. Eddie Breuil fait un tout autre calcul. Il considère que l'hypothèse la plus élevée de 90 grammes (il précise 91,66 (!) grammes d'après une autre source) ne peut excéder dix-huit feuillets au format A4 au grammage de 80. Un feuillet au format A4 pèse 5gr et 18 x 5 = 90. Je ne comprends pas ce que viennent faire des feuillets de format A4 ( 21x29,7cm) pour les manuscrits des Illuminations. Je n'avais pu détailler mes calculs dans mon article mais observons par exemple que le feuillet que donnent en premier les éditeurs Après le Déluge mesure 117x112mm pour un grammage de 80. Ce qui donne un poids de 1gr. La plupart des autres feuillets mesurent environ 20cm sur 13cm pour un grammage de 60. Ce qui donne dans ce cas 1,56 gr. On est loin des 5gr d'un feuillet A4. Il en résulte évidemment une erreur d'Eddie Breuil sur le nombre possible de feuillets contenus dans le paquet de Verlaine et son interprétation.

En revanche, je pense qu' Eddie Breuil a raison quand il conteste la pagination admise des feuillets des Illuminations et quand, par ailleurs, il suggère que des blancs sur les feuillets on été utilisés pour transcrire des textes afin d'économiser du papier.(p.59)

Dans un chapitre intitulé « Le rôle joué par Rimbaud dans la copie des Illuminations » Eddie Breuil tente de montrer que Rimbaud a été le copiste de Germain Nouveau.

L'histoire du rôle joué par Germain Nouveau dans les manuscrits des Illuminations commence par un mémoire de Jacques Lovichi publié en 1962 à l'université d'Aix-en-Provence. Ce mémoire annonçait une thèse sur Germain Nouveau qui ne fut pas soutenue. Néanmoins, Jacques Lovichi a publié en 1975 dans le numéro 6 de la revue Rimbaud vivant un article intitulé « Germain Nouveau et les Illuminations ». Il suggérait que les deux poèmes où l'écriture de Nouveau est attestée sont de l'auteur des Valentines. Il concluait : « Je suis depuis plus de quinze ans l'involontaire lieu géométrique d'une vertigineuse interrogation. Et je n'ai toujours pas trouvé la réponse » (p.25). Dans le numéro 10 de Rimbaud vivant André Guyaux répondait à Jacques Lovichi. Son article s'intitulait : « L'écrivain et son scribe ». Il y donnait un argument confirmant la paternité du texte Métropolitain : dans la partie copiée par Nouveau celui-ci avait laissé un blanc et c'est Rimbaud lui-même qui, de sa main avait ajouté le mot « Guaranies ». Ceci n'avait jamais été signalé auparavant.

En 1978, Alexandre Amprimoz publiait au Canada une thèse remarquable sur Germain Nouveau. Il avait lu, à Aix-en-Provence où il avait résidé, le mémoire de Jacques Lovichi. Amprimoz reprit, dans une biographie de Nouveau publiée en 1983, l'idée déjà exprimée dans sa thèse que la participation de Nouveau aux Illuminations aurait pu être bien supérieure à celle d'un simple secrétaire.

Jacques Lovichi était resté prudent en reconnaissant qu'après 15 ans de réflexion , il n'avait pas la solution. Eddie Breuil lui, l'a trouvée cinquante ans plus tard et tente de nous expliquer que les Illuminations ont été composées en partie, voire en totalité par Germain Nouveau.


« Peut-on comprendre opéradiques  ? » demande Eddie Breuil à la page 78 de son livre. Il estime qu' il s'agit là d'une erreur manifeste et qu'il faut lire sporadiques. Il mentionne un article d'Underwood qui signale la présence de ce mot chez les Goncourt à propos de Watteau. Le problème est qu'il le cite mal car selon lui le chercheur britannique aurait mentionné la forme opératique plus proche de l’Anglais. Underwood a bien écrit « opéradique ». Observons au passage que c'est Bouillane de Lacoste qui est à l'origine de cette découverte comme le signale Underwood.

Underwood, Revue de littérature comparée, n°35, 1961, p.454


En outre, Eddie Breuil manque un argument qui aurait pu servir sa thèse : le texte sur Watteau des Goncourt a été repris dans La Renaissance littéraire et artistique le 22 mars 1873 dans un article intitulé : Trois notes sur Watteau. Eddie Breuil note que Nouveau s’intéressait à Watteau. Il cite le poème Style Louis XV de Nouveau, évoquant  des peintures exquises de Wateau, qui paraît justement dans le numéro précédent de La Renaissance du 15 mars 1873, mais il en donne une autre référence : celle d'un numéro de 1873 paru dans L'Artiste où le même poème avait paru sous un autre titre. Signalons que Verlaine avait reçu à Londres tous les numéros de la Renaissance et que Rimbaud aussi avait pu lire l'article des Goncourt.2

Extrait de l'article Trois notes sur Wateau comportant le mot "opéradique"


Pour expliquer le fait que Rimbaud éprouve du mal à déchiffrer les manuscrits de Nouveau, Eddie Breuil cite Michael Pakenham qui parle de l'écriture très peu lisible de Nouveau. Mais dans le même temps l'auteur reproduit dans son livre une magnifique illustration d'un manuscrit de Nouveau d'une écriture admirablement lisible et qu'il met en regard du manuscrit de Rimbaud « Villes »3. C'est un vrai miroir pour ceux qui douteraient encore de l'écriture de Nouveau dans les poèmes en prose de Rimbaud.

Selon Eddie Breuil nous aurions aussi l'explication du mot « Baou » du poème Dévotion dont le sens attesté par Mistral pourrait désigner l'herbe d'été en provençal. Précisons que nous n'avons aucun manuscrit qui permet d'assurer la transcription exacte des mots de ce poème. Mais comment comprendre que dans le poème Ouvriers qui serait aussi de Nouveau selon Eddie Breuil4, on trouve le mot « flache », ardenisme typiquement rimbaldien  ? Enfin l'auteur utilise des reproductions partielles de manuscrits qui montrent des corrections qui sont simplement des corrections d'auteur et qu'il interprète comme une mauvaise lecture par Rimbaud du texte de Nouveau : «  Nombreuses sont les traces qui semblent montrer que Rimbaud a reproduit des systèmes d'écriture d'une façon hâtive, parfois sans comprendre ce qu'ils tendaient à indiquer. » Rimbaud piètre copiste, ne comprend même pas ce qu'il écrit !

C'est un peu dommage qu'Eddie Breuil ait donné à son ouvrage un tour aussi radical. Il n'était pas absurde de poursuivre les interrogations de Jacques Lovichi. C'est aussi une bonne idée de parler de Germain Nouveau poète incontournable pour ceux qui étudient Verlaine et Rimbaud. Pour ma part, je ne doute pas que Rimbaud soit l'auteur des Illuminations et je reconnais qu'il n'y a rien de nouveau dans cette opinion.

Le lecteur peut se forger sa propre idée en lisant  le livre d'Eddie Breuil édité chez Champion.

L'illustration au début de l'article est reproduite grâce au remarquable reprint de La Renaissance littéraire et artistique réalisé par les éditions Slatkine qui sont propriétaires des éditions Champion.


1 P.29
2 Signalons à cette occasion toute la reconnaissance que nous devons aux éditions Slatkine d'avoir réalisé le reprint de cette revue si importante pour les rimbaldiens.
3 Pages 100-101
4Longue justification pages 141-147.

vendredi 7 novembre 2014

La seule lettre rendue publique, dans laquelle Forain parle de Rimbaud, par Jacques Bienvenu






On sait que Jean-Louis Forain n’aimait pas que l’on parle du temps où il connut Rimbaud. Il fut souvent interrogé, mais jamais on ne put obtenir de lui des renseignements importants sur l’auteur du Bateau ivre. Un de ses biographe Jean Puget écrivait : « Forain, toute sa vie tira le rideau sur cette sorte de complicité dans les relations de Verlaine et Rimbaud. Il esquivait toute question concernant cette amitié fameuse dont il avait été l’intime et presque seul témoin. » Puget ajoute que pendant dix ans de relations suivies et amicales avec Forain il n’obtenait aucune réponse quand il prononçait notamment le nom de Rimbaud.

Cependant, il y eut une exception, celle du Figaro du 24 novembre 1923 dans l’article Le Point final où Forain évoque sa relation avec Rimbaud, publiquement, l’année même où il fut nommé membre de l’institut. Il convient de tenter d’éclairer cet événement.

Marcel Raval avait publié le poème Poison perdu dans les Feuilles libres de septembre-octobre 1923. Il en donnait simplement la transcription en le présentant comme inédit. Il n’en indiquait pas la source et ne remerciait personne pour cette publication.

On sait que Breton déclara le 21 octobre dans L’Intransigeant que Poison Perdu ne pouvait pas être de Rimbaud. Le lendemain Marcel Raval répliquait dans le même journal. Il convient de donner en entier cette information capitale :

« C’est l’obligeance de M. J-L Forain qui m’a valu de pouvoir publier ce sonnet. Personne n’ignore les liens de camaraderie qui unirent le poète et le peintre. Or c’est en 1874 exactement que Rimbaud remit lui-même à son ami le manuscrit de ce sonnet, qui est aujourd’hui en possession de ce dernier. »

C’était vraiment la pire chose qui puisse arriver à Forain, lui qui tenait tant à la discrétion sur ses relations avec Rimbaud, surtout à l’époque où il était membre de l’Institut. Le comble est que Raval indiquait comme date 1874, c'est-à-dire après le drame de Bruxelles. André Breton exigea alors qu’on produise le manuscrit de Forain. Il était impossible alors au peintre de s’esquiver. Mais dans Le point final ce n’est pas un manuscrit trouvé chez Forain qui a été publié et à cet article était joint une réponse écrite de Forain :

« Mes souvenirs sont formels. Le sonnet  Poison perdu est d’Arthur Rimbaud. Lui-même m’en avait remis une réplique de sa main, sinon le manuscrit original ainsi que d’autres vers de lui entre les années 1872-1873.  Ces manuscrits, je les ai conservés jusqu’en 1874. Partant faire mon service militaire, je les avais confiés à l’un de mes amis. Après ma libération, j’ai oublié de les lui réclamer et lui de me les rendre. Mon ami s’appelle encore ou s’appelait M. Bertrand Millanvoye. »

Observons la première phrase : «  mes souvenirs sont formels ». En 1923, ses souvenirs datent de cinquante ans… On peu s’étonner qu’il se souvienne précisément de Poison perdu. Du moins, il prend soin d’éliminer la date fâcheuse de 1874 donnée par Raval. En mars 1874, Forain était pourtant à Paris au moment où Rimbaud y séjournait avant de partir à Londres avec Germain Nouveau. Cette mémoire de Forain est d’autant plus surprenante qu’il avait complètement oublié le nom de Millanvoye dans les années 1880 au moment où Verlaine réclamait désespérément des poèmes inédits de Rimbaud. L’information qu’il donnait sur Millanvoye était connue depuis 1911 par Berrichon qui avait pu les faire acheter par Louis Barthou.

Un certain Maurevert a raconté comment il avait eu connaissance de ces poèmes de Rimbaud transmis par Forain à Millanvoye. C’est lui d’ailleurs qui le fit savoir à Berrichon. Cependant, il affirmait, après la polémique de Poison perdu, que dans le dossier de Millanvoye qu’il avait consulté, on ne trouvait pas de trace de ce poème contredisant l’information donnée par Forain.

Tout cela laisse un peu perplexe sur la déclaration de Forain. Il y des chances que Marcel Raval n’ait pas inventé qu’il avait pris la copie du poème chez le peintre. Répétons qu’aucune mention de la source du poème n’était indiquée dans Les feuilles libres, peut-être à la demande de Forain. Mais après la polémique où il était impliqué le peintre ne pouvait garder le silence. Il cautionnait à sa manière le fait que Poison perdu était de Rimbaud, mais déniait posséder le manuscrit. Marcel raval n’est plus intervenu estimant sans doute que la caution donnée par Forain suffisait et qu’il valait mieux en rester là.

Sur cette question voir la notice Poison perdu du Dictionnaire Rimbaud.