lundi 2 décembre 2019

Rimbaud photographe




Dans son livre Arthur Rimbaud photographe, Hugues Fontaine jette un pont entre le premier Rimbaud, celui de Charleville et celui d’Afrique par l’intermédiaire de photographies qu’il analyse minutieusement. Ainsi, nous dit-il, que la photo de Rimbaud quand il se photographie les bras croisés dans un jardin de bananes est un écho au Rimbaud en premier communiant, portrait qu’il nous offre au début de son livre. Il fait tomber une idée reçue selon laquelle les photos d’Afrique seraient floues parce que Rimbaud serait un piètre photographe amateur. Au contraire, il montre dans le détail  les compétences techniques de Rimbaud. Selon lui, la composition des trois autoportraits d’Afrique est très bien étudiée. Le flou de son visage, conséquence des mauvais lavages des épreuves, serait aussi dû à sa volonté de photographier le paysage où il se trouve davantage que de montrer sa « figure ». Il écrit lui-même « pour rappeler ma figure et vous donner une idée des paysages… ». L’auteur y revient encore dans son dernier chapitre intitulé « Je est un autre ». Il explique que Rimbaud se regarde autre dans les jardins de Harrar : « L’appareil photographique objective cette métamorphose saisissante si l’on considère, en regard des trois autoportraits africains, les deux portraits faits par Carjat à Paris, la même année que la célèbre formule ». Cet autre pourrait-être aussi le fantôme de son père comme l’avait montré Alain de Miloja dans une remarquable étude que cite opportunément Hugues Fontaine. 

En passant d’une photographie à une autre Hugues Fontaine développe des éléments biographiques divers et le lecteur peut perdre par moment le fil de l’histoire. Par exemple le Grec Sotiro que  Rimbaud a pris en photo est l’occasion d’un chapitre entier intitulé «  l’ami Sotiro ». Mais on n’est pas obligé de lire le livre de façon linéaire. Un des points forts du livre est la remarquable découverte d’Hugues Fontaine au Weltmuseum à Vienne. Dans un inventaire d’épreuves photographiques rédigé par le savant Autrichien Philipp Paulitschke le nom d’Arthur Rimbaud apparaît dans une colonne intitulée « Name des collector » pour trois photographies. Je renvoie le lecteur à mon analyse faite sur ce blog : « L’énigme des trois photographies inédites qui seraient prises par Rimbaud ». 


Enfin, il faut dire que le livre de Fontaine est passionnant. L’iconographie est en grande partie inédite et les reproductions d’une très grande qualité. Le texte de Fontaine est précis, érudit et d’un excellent style. Il ne fait pas de doute que tous les rimbaldiens doivent avoir dans leur bibliothèque ce livre exceptionnel. 

vendredi 29 novembre 2019

vendredi 22 novembre 2019

Verlaine, Écrits sur Rimbaud



Paul Verlaine, Écrits sur Rimbaud,  Rivages Poche Petite Bibliothèque.

Très complet avec une préface et de précieuses annotations d'Andrea Schellino.

vendredi 8 novembre 2019

L'abyssinienne de Rimbaud




Voir : Jean-Michel Cornu de L'enclos, L'abyssinienne de Rimbaud le dernier article paru sur notre blog. Le texte ci-dessus est une note de l'éditeur qui a publié un recueil d'études de Jean-Michel Cornu de L'enclos.

samedi 19 octobre 2019

Rimbaud et Sainte-Beuve

                                                         Sainte-Beuve. DR.

Le chapitre «Alchimie du verbe » d’Une saison en enfer semble bien autobiographique. Cette question a déjà été étudiée pour l’ensemble du texte. On se limitera ici au chapitre « Alchimie du verbe ».

Observons d’abord une relation avec la lettre du Voyant écrite deux ans avant : « Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. » qui renvoie à « Je me flattai d’inventer un verbe accessible à tous les sens » écrit dans « Alchimie du verbe ». Nous savons aussi que Rimbaud a écrit le sonnet des Voyelles qui n’avait pas été publié au moment de l’impression du livre en 1873 et qu’il cite en partie à présent à cette date. Nous n’ignorons pas aussi que les poèmes que Rimbaud commente sont pour la plupart ceux de 1872 qu’il avait communiqués à des amis comme Richepin ou Forain sans oublier Verlaine. Il termine cette section par «  Cela s’est passé. Je sais aujourd’hui saluer la beauté. » Il semble bien avéré qu’«Alchimie du verbe» soit bien un récit de la période de la voyance annoncée en mai 1871 et considérée comme dépassée. De plus,  Rimbaud commence cette section par : « À moi. »

Mais si l’on interroge à nouveau la lettre du Voyant on réalise que celui qui dit : « Je est un autre » explique aussi que les vieux imbéciles ont trouvé du moi la signification fausse. Il se trouve que Rimbaud anticipe le débat que Proust avait lancé contre Sainte-Beuve. Proust expliquait que la biographie de l’auteur ne permet pas de comprendre une oeuvre et que l’écrivain obéit à un autre moi qui est celui de l’artiste. Comme Sainte-Beuve est mort en 1869, on est en droit de se demander si Rimbaud l’a lu.


samedi 5 octobre 2019

Un manuscrit autographe de la lettre de Rimbaud du 18 novembre 1885 révélé.


DR



La lettre du 18 novembre 1885 de Rimbaud à sa famille est connue. Elle comporte 4 pages. On connaissait un fac-similé de la première page. Mais c’est la première fois que le manuscrit autographe complet de la lettre est révélé à la vente Christie’s du 7 octobre. On peut observer des modifications qui présentent un intérêt. En effet, La Pléiade donne la retranscription selon Berrichon et l’édition Lefrère selon un manuscrit d’Isabelle Rimbaud. Les retranscriptions sont les mêmes ce qui prouve que Berrichon a suivi le texte communiqué par Isabelle Rimbaud et que les modifications ne sont pas de lui, mais bien de la soeur de Rimbaud. Voici des exemples relevés :

Page 2 : Isabelle remplace 25 000 francs par 25 000 francs de bénéfice
Page 4 : elle remplace la suite : chameaux, guides, etc, etc. Par chameaux, mulets, guides, etc, etc. 
Rajoutant le mot « mulets »

Elle supprime à la fin de la lettre : « Envoyez-moi ce que je demande, je vous prie. » 

Et la simple signature « Rimbaud » remplace celle du manuscrit « Arthur Rimbaud Hôtel de L’univers Aden ».

Le catalogue de la vente mentionne comme référence la notice que j’ai publiée sur Pierre Labatut dans le Dictionnaire Rimbaud

Information communiquée par Vincent Malausa.