vendredi 8 novembre 2019

L'abyssinienne de Rimbaud




Voir : Jean-Michel Cornu de L'enclos, L'abyssinienne de Rimbaud le dernier article paru sur notre blog. Le texte ci-dessus est une note de l'éditeur qui a publié un recueil d'études de Jean-Michel Cornu de L'enclos.

samedi 19 octobre 2019

Rimbaud et Sainte-Beuve

                                                         Sainte-Beuve. DR.

Le chapitre «Alchimie du verbe » d’Une saison en enfer semble bien autobiographique. Cette question a déjà été étudiée pour l’ensemble du texte. On se limitera ici au chapitre « Alchimie du verbe ».

Observons d’abord une relation avec la lettre du Voyant écrite deux ans avant : « Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. » qui renvoie à « Je me flattai d’inventer un verbe accessible à tous les sens » écrit dans « Alchimie du verbe ». Nous savons aussi que Rimbaud a écrit le sonnet des Voyelles qui n’avait pas été publié au moment de l’impression du livre en 1873 et qu’il cite en partie à présent à cette date. Nous n’ignorons pas aussi que les poèmes que Rimbaud commente sont pour la plupart ceux de 1872 qu’il avait communiqués à des amis comme Richepin ou Forain sans oublier Verlaine. Il termine cette section par «  Cela s’est passé. Je sais aujourd’hui saluer la beauté. » Il semble bien avéré qu’«Alchimie du verbe» soit bien un récit de la période de la voyance annoncée en mai 1871 et considérée comme dépassée. De plus,  Rimbaud commence cette section par : « À moi. »

Mais si l’on interroge à nouveau la lettre du Voyant on réalise que celui qui dit : « Je est un autre » explique aussi que les vieux imbéciles ont trouvé du moi la signification fausse. Il se trouve que Rimbaud anticipe le débat que Proust avait lancé contre Sainte-Beuve. Proust expliquait que la biographie de l’auteur ne permet pas de comprendre une oeuvre et que l’écrivain obéit à un autre moi qui est celui de l’artiste. Comme Sainte-Beuve est mort en 1869, on est en droit de se demander si Rimbaud l’a lu.


samedi 5 octobre 2019

Un manuscrit autographe de la lettre de Rimbaud du 18 novembre 1885 révélé.


DR



La lettre du 18 novembre 1885 de Rimbaud à sa famille est connue. Elle comporte 4 pages. On connaissait un fac-similé de la première page. Mais c’est la première fois que le manuscrit autographe complet de la lettre est révélé à la vente Christie’s du 7 octobre. On peut observer des modifications qui présentent un intérêt. En effet, La Pléiade donne la retranscription selon Berrichon et l’édition Lefrère selon un manuscrit d’Isabelle Rimbaud. Les retranscriptions sont les mêmes ce qui prouve que Berrichon a suivi le texte communiqué par Isabelle Rimbaud et que les modifications ne sont pas de lui, mais bien de la soeur de Rimbaud. Voici des exemples relevés :

Page 2 : Isabelle remplace 25 000 francs par 25 000 francs de bénéfice
Page 4 : elle remplace la suite : chameaux, guides, etc, etc. Par chameaux, mulets, guides, etc, etc. 
Rajoutant le mot « mulets »

Elle supprime à la fin de la lettre : « Envoyez-moi ce que je demande, je vous prie. » 

Et la simple signature « Rimbaud » remplace celle du manuscrit « Arthur Rimbaud Hôtel de L’univers Aden ».

Le catalogue de la vente mentionne comme référence la notice que j’ai publiée sur Pierre Labatut dans le Dictionnaire Rimbaud

Information communiquée par Vincent Malausa.



dimanche 15 septembre 2019

Note sur la « rose d’eau » de Fleurs (Illuminations) Par Olivier Bivort

Nénuphar blanc. DR.



La « rose d’eau » mentionnée par Rimbaud dans Fleurs (Illuminations) a suscité de nombreux commentaires, fondés la plupart sur l’inventivité du poète en matière de botanique : il s’agit d’« un terme inventé par Rimbaud » écrit Cecil Hackett, (Rimbaud, Œuvres poétiques, Imprimerie nationale, 1986, p. 349),  « cette fleur n’existe pas », selon Louis Forestier (Rimbaud, Œuvres complètes, Laffont, « Bouquins », 1992, p. 516), et, pour Pierre Brunel, « il est […[ important que le centre de l’évocation soit, non une fleur réelle, […], une fleur qui n’existe pas en dehors de la flore rimbaldienne » (Rimbaud, Une saison en enfer, Illuminations, Le Livre de poche, « Classique », 1998, p. 124). Dans une note publiée dans Parade sauvage en 1986, Christian Pagès avait fait état d’un germanisme, en l’occurrence un calque de l’allemand wasserrose, « un des appellatifs du nénuphar (Mummel) », hypothèse reprise par André Guyaux dans la récente édition des Œuvres complètes de la « Bibliothèque de la Pléiade » (Gallimard, 2009, p. 968).  Il est vrai que, dès 1960, Suzanne Bernard s’était demandée si la « rose d’eau » n’était pas un nénuphar, en se fondant sur un passage d’Atala où Chateaubriand décrivait des « îles flottantes de pistia et de nénuphars, dont les roses jaunes s’élèvent comme de petits pavillons » (Rimbaud, Œuvres, Classiques Garnier, 1960, p. 511 ; mais la citation a disparu des éditions successives). Son intuition était juste, mais ni Chateaubriand, ni par ailleurs la langue allemande, n’avaient fourni à Rimbaud cette curieuse appellation. Comme le mentionne Édouard Spach dans son Histoire naturelle des végétaux (t. 7: Phanérogames, Paris, Roret, 1839, p. 17), la rose d’eau était le nom courant, en France, du nymphéa commun ou nénuphar blanc (nymphoea alba) : 


On en trouvera confirmation dans les ouvrages de Jean-Louis Plonquet (Essai sur la topographie médicale du canton d'Ay (Marne), t. 1, 1855, p. 79) et de M. J. Macquart, (« Plantes herbacées d’Europe et leurs insectes, pour faire suite aux arbres, arbrisseaux, etc. », dans Mémoires de la Société impériale des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille, Lille-Paris, 2e série, vol. 1, 1855, p. 230 : « Les noms vulgaire du Nymphéa blanc sont la Rose d’eau, le Lys des étangs »), tous deux consacrés à la description de la flore du Nord de la France (Nord et Champagne). 

samedi 7 septembre 2019

Certificat de première communion de Vitalie Rimbaud

                                            cliquer sur l'image pour agrandir
DR Autographes des Siècles

Le certificat de première communion de Vitalie Rimbaud. 15 mai 1870.

Images gravées sur acier formant un double triptyque, rehaussées d’or, encadrées d’une bordure de dentelle de papier.

Il est signé deux fois par la petite sœur du poète et daté quinze mai 1870. 

Illustré d’images édifiantes gravées sur acier, le certificat est imprimé en noir et or (Paris, imprimerie Ch. Letaille). Il se présente sous la forme d’un double triptyque, encadré d’une bordure de dentelle de papier. Sur le premier plat : Ma première communion. Au second : Mes résolutions – avec ajout manuscrit «de piété et d’obéissance» dans le texte.

Le premier triptyque ouvert, les parties latérales indiquent Mes promesses et Ma consécration à Marie. Elles portent chacune la signature «V. Rimbaud».

Sur le volet central, deux dates manuscrites : le «vingt-deux juin 1858», pour le Souvenir de mon baptême, et le «8 octobre 1871», pour le Souvenir de ma confirmation. 

Ce volet central s’ouvre à nouveau sous forme de triptyque sur l’image d’un ciboire, laissant apparaitre le Christ en filigrane, et cette sentence « Je suis fidèle, sois le aussi ».

DR Autographes des Siècles

En dessous de cette figure divine : Souvenir de ma première communion, avec la date manuscrite du «quinze mai 1870».

vendredi 30 août 2019

Rimbaud alcoolique ?



Les poètes sont parfois alcooliques. Parmi ceux que Rimbaud a connus on pourrait citer Verlaine et Charles Cros. L’influence de l’alcool sur Rimbaud n’a, sauf erreur, jamais été soulignée. Il semble que l’occasion pour lui de boire ne se soit pas réellement présentée avant l’année 1871. On me paye en « Bock et en filles » dira-t-il dans la première lettre du Voyant. À cette époque il allait boire au Café de l’Univers avec Bretagne qui lui offrait volontiers de la bière. Mais c’est surtout arrivé à Paris que Verlaine se chargea de le faire boire, notamment de l’absinthe. On a son témoignage où il précisait, dans la relation qu’il fit de l’incident Carjat, que Rimbaud réagissait mal à l’alcool ce qui explique surtout le fameux coup de canne-épée. Rimbaud, dans le poème Oraison du soir, nous dit qu’il a bu trente ou quarante chopes. En 1872 il écrira Comédie de la soif et dans une lettre à Delahaye il dira « C’est le plus délicat et le plus tremblant des habits que l’ivresse par la vertu de cette sauge des glaciers, l’absomphe. » Lorsque Rimbaud et Verlaine partent pour la Belgique Verlaine racontera qu’ils avaient bu de tout « outre mesure ». Cependant, s’il est avéré que Verlaine était alcoolique peut-on en dire autant de Rimbaud ? En 1875, Verlaine l’accusera d’avoir écrit des lettres d’homme saoul. Dans le dessin qui figure en tête de cet article Verlaine en 1875 avait accompagné son texte d’un poème parodique intitulé Ultissima Verba qui commence par : «  Épris d’absinthe pure et de philomathie ». Ernest Delahaye de son côté confiera à Verlaine : « […] que cette fin , dont nous causions là bas, sera quelque asile d’aliénés. Il me semble qu’il y va maintenant. C’est d’ailleurs tout simple : l’alcool ». Il est donc attesté que Rimbaud après avoir abandonné la poésie écrite a continué à boire. Déjà, dans une lettre envoyée de Stuttgart à Delahaye il exprimait son goût pour le Rissling. La lettre était abondamment illustrée de bouteilles de ce vin. Néanmoins, arrivé à Aden puis au Harrar, où nous avons plusieurs témoignages de sa vie, il semble bien que Rimbaud ait abandonné l’alcool comme il avait renié la poésie. Il confiera que sa vie d’autrefois à Paris et à Londres n’était qu’une période d’ivrognerie et sans intérêt. Ceci montre que Rimbaud n’a pas conservé sa dipsomanie dans sa vie africaine. C’est un changement notable.

vendredi 5 juillet 2019

Un punch chez Barbadaux

Un punch chez Barbadaux. DR.

Dans sa préface des «Valentines», Ernest Delahaye parle du séjour de Germain Nouveau à Charleville, en 1875, dont nous avons parlé dans notre précédent article. Il raconte qu’il a été employé, sous le nom de Monsieur Germain, dans un collège où il a été passablement chahuté. Dans un fragment de lettre conservé au fonds Doucet (reproduit dans la Correspondance Pakenham p. 562) Delahaye précise à Verlaine que Nouveau avait été surveillant dans l’établissement Barbadaux. Au verso de ce fragment de lettre figure un dessin de Delahaye reproduit par Jean-Marie Carré avec pour légende «  Un punch chez Barbadaux » ( Cf le dessin en tête de notre article). Dans le texte de Jean-Marie Carré intitulé « Autour de Verlaine et Rimbaud » on trouve quelques précisions sur ce dessin : L’institution Barbadaux était l’ancienne institution Rossat où Rimbaud fut élève jusqu’en sixième avant d’aller au collège municipal de Charleville. Le punch avait été concocté par des élèves dans un vaste pot de chambre en présence de leur surveillant qui prenait part à ces joyeusetés. Cependant le chahut s’entendait dehors et Monsieur Germain ne pouvait plus rester. Il démissionna au bout d'un mois. Jean-Marie Carré donne la date d’octobre 75 pour ce séjour de Nouveau, mais on peut la rectifier à présent en janvier 1875. Ajoutons que Nouveau avait indiqué sur le manuscrit de son poème « Mendiants » cette date de janvier 1875. Le poème « Mendiants » avait été envoyé à Verlaine le 27 octobre 1875 (Correspondance Pakenham p.448). Pierre-Olivier Walzer (Pléiade Nouveau p.1182-1183) émet l’hypothèse que ce poème évoque peut-être les souvenirs de l’aventure avec Rimbaud à cette date. Il est vrai que les deux derniers vers : « Quel bras, impitoyable aux Échappés du monde, / Te pousse à l’Est pendant que je me sauve au Nord ! » pourraient se rapporter au moment du départ de Charleville quand les chemins des deux poètes se séparent, Nouveau se dirigeant vers Bruxelles et Rimbaud vers Suttgart.