lundi 11 mai 2020

Les splendides villes




En ce premier jour du déconfinement, on peut simplement citer cette phrase que  Rimbaud a écrite à la fin de sa Saison en enfer

« Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes »

lundi 20 avril 2020

Rimbaud et le confinement

RESTEZ CHEZ VOUS

Au moment où Rimbaud écrit ses fameuses lettres du Voyant en Mai 1871, Paris est en pleine guerre civile. Dans les lettres du Voyant, Rimbaud expose sa conception de la poésie qui se mêle inextricablement à la révolution de la Commune. Il avait l’espoir que cette révolution changerait tout et que les poètes pourraient s’exprimer. C’est au moment des grands bouleversements, des crises importantes que les poètes sentent les évènements et deviennent des prophètes. 

Le confinement était insupportable pour Rimbaud. Il avait été enfermé dans un grenier à 12 ans par sa terrible mère s’il faut en croire un de ses poèmes. L’autorité de cette mère fut une des causes de son désir de s’évader. C’est ce qu’il fit lors de ses fugues en 1870. Comme il le disait lui-même, il adorait la « liberté libre ». Bien que brillant élève il ne supportait plus d’ être confiné dans son lycée. Il rêvait de faire connaître sa poésie et voulait vivre à Paris. Le rôle de Verlaine qui l’avait hébergé chez lui fut capital dans son évolution poétique. Ils firent tous les deux une sorte de fugue en Belgique et en Angleterre. Le seul confinement qu’on lui connaît à son retour en France est la rédaction d’Une saison en enfer qui eut lieu dans le grenier de Roche. La suite de sa vie est une longue série de voyages qui ne sont en fait que le prolongement des fugues de son adolescence.

Ce qui caractérise Rimbaud en dehors de son génie poétique est cette volonté de toujours partir, homme aux semelles de vent, d’explorer de nouvelles contrées. Sur sont lit d’hôpital à Marseille, son ultime et plus dur confinement,  il regrettait le temps où il était valide : « Où sont les courses à travers monts, les cavalcades, les promenades, les déserts, les rivières et les mers. »

Le confinement fut certainement insupportable à Arthur Rimbaud. Il a vécu comme il a voulu. Il se voulait libre, mais il y avait un prix à payer pour cette liberté et ce refus d’une vie confinée. Les lettres à sa famille où il se plaint le montrent.

samedi 18 avril 2020

Rimbaud ivre censuré !

RESTEZ CHEZ VOUS

En consultant mon blog ce matin j’ai observé avec surprise que dans mon dernier article sur Les Éffarés une photo avait été censurée et on pouvait voir à la place un gros sens interdit. J’avais pris cette photo sur Wikipédia où elle se trouve comme on peut le constater. La mention DR était bien visible.

J’aimerais savoir pour quelle raison cette image a été censurée. Merci de me le dire, car cette censure est venue sans explication. J'aurais dû laisser cette image censurée pour qu'on puisse la voir, mais je l'ai enlevé un peu rapidement quand je l'ai vue pour des raisons esthétiques.

mardi 14 avril 2020

Les Éffarés, Murillo et Ribot

RESTEZ CHEZ VOUS


Le jeune mendiant, Murillo. DR.

Nous avons parlé récemment des Éffarés de Rimbaud, le poème préféré de Verlaine. Selon lui l’art le plus proche de ce poème était la peinture, un « petit cuadro » écrivait-il dans les Poètes maudits. Il citait Goya, mais on a pas assez remarqué qu’il avait parlé de Murillo qui est justement, plus que Goya, un peintre des enfants pauvres. En tête de cet article nous avons placé Le jeune Mendiant .

Armand Silvestre dans son article sur les Vilains Bonshommes, en 1887, commente ainsi les Éffarés : « N’est-ce pas d’une jolie peinture et rappelant la palette de Ribot ? » 

On connaît moins  Ribot que Murillo ou Goya. Voici une peinture qui pourrait illustrer le commentaire d’Armand Sylvestre :
Scène de cuisine, Théodule  Augustin Ribot. DR.

À noter que Théodule Augustin  Ribot  était un grand ami de Fantin-Latour et d’Armand Silvestre. Il a pu assister aux dîners des Vilains Bonshommes et a pu aussi connaître le Coin de table de Fantin. Des recherches pourraient être entreprises à ce sujet.

dimanche 29 mars 2020

Edmond Maître et Rimbaud

RESTEZ CHEZ VOUS

Edmond Maitre par Frédéric Bazille. DR.

Edmond Maître est un témoin peu connu de Rimbaud. Il était présent au fameux dîner des Vilains Bonshommes où Rimbaud fut exhibé devant les poètes et artistes parisiens le 30 septembre 1871. Depuis un certain temps, il était le comptable de ces dîners. Une lettre de Léon Valade à Émile Blémont atteste de sa présence, car  il avait dit en parlant de Rimbaud que c’était le diable, formule bien trouvée pour celui qui n’avait pas encore écrit Une Saison en enfer.

Edmond Maître connaissait bien Valade et Verlaine car il travaillait avec eux à l’Hôtel de Ville en 1870. Il était né à Bordeaux en 1840. Il était issu d’une famille de la grande bourgeoisie bordelaise. En 1859, il partit de Bordeaux pour étudier le droit à Paris, mais il était beaucoup plus attiré par l’art et fréquentait les salons de peintres et de poètes. Il figure dans le tableau de Fantin-Latour Un atelier aux Batignoles qui le représente avec tous les artistes qui étaient devenus ses amis.

Un atelier aux Batignoles par Fantin Latour. DR.

C’est lui qui permit à Fantin pour son Coin de table d’entrer en contact avec Valade, Verlaine et Mérat qui travaillaient à l’Hôtel de Ville comme lui. Il fut très lié avec le peintre Bazille dont nous avons parlé récemment. Le portrait que nous donnons de lui en tête de cet article fut exécuté par Bazille en 1869. 

Maître fut un témoin privilégié de Rimbaud comme le montre la correspondance de Verlaine. Le 19 décembre 1871, Verlaine était allé à Bazeilles pour toucher un petit héritage. Il lui demandait de lui envoyer des nouvelles de Rimbaud ce qui prouve qu’à cette date, Maître était en bons termes avec Rimbaud. Le 20 novembre 1872, Verlaine lui écrivit de Londres, où il était avec Rimbaud, pour lui demander de se renseigner sur leur éventuelle compromission à cause de la Commune. Le bordelais est à ce moment l’un des rares à qui Verlaine expose ses problèmes avec Rimbaud. Plus remarquable encore, Verlaine lui écrit le 8 octobre 1883 au moment où il s’occupe de faire connaître Rimbaud avec Les Poètes maudits dans Lutèce. On constate dans cette dernière lettre qu’il était toujours en relation avec lui, regrettant de n’avoir pu le recevoir. On est en droit de penser que Verlaine a pu le solliciter auparavant pour obtenir des poèmes de Rimbaud qu’il n’avait plus. C’est peut-être Maître qui lui a communiqué un manuscrit du Bateau ivre dont il avait oublié le titre exact dans un courrier précédant envoyé à Valade.

Edmond Maître était un dandy érudit doté d’un humour mordant. Sa personnalité avait pu séduire Rimbaud. On peut regretter qu’il n’ait pas laissé de souvenirs. Il aurait certainement donné un précieux témoignage sur le poète. Il est mort à Paris en 1898 deux ans après Verlaine qui venait juste de publier les œuvres de Rimbaud chez Vanier en 1895.




mercredi 25 mars 2020

L'incroyable histoire du portrait de Verlaine par Frédéric Bazille


Portrait de Verlaine à 23 ans par Frédéric Bazille
attribué pendant longtemps à Gustave Courbet.DR.

On a longtemps cru que le portrait de Verlaine représenté en tête de notre article était de Gustave Courbet. Il aura fallu l’intervention de l’expert Michel Schulman pour observer que la signature Courbet recouvrait la signature de Frédéric Bazille. La raison de ce camouflage est que Bazille était inconnu vers la fin du XIXe siècle et que la signature Courbet donnait une plus-value au tableau. Le portrait d’ailleurs pouvait paraître de la manière de Courbet. De ce fait, ce portrait exclut le tableau de Paul Verlaine en troubadour attribué à Bazille. Le portrait de Bazille signalé par Verlaine dans sa liste d’objets à récupérer chez lui est bien l’ancien portrait attribué à Courbet.

De récentes expositions montrent que Bazille doit être considéré comme un maître parmi les peintres impressionnistes. Rappelons qu’il est mort très jeune à 29 ans pendant la guerre de 1870. Verlaine fréquentait dans les années 1860 de nombreux ateliers de peintres. En 1870 il fut présenté par son ami François Coppée à Bazille qui voulut le portraiturer dès qu’il le vit : une sorte de coup de foudre pour le visage du poète. On ne sait pas comment le tableau s’est retrouvé attribué par la suite à Courbet. Des recherches sont à faire. En ce qui concerne cette nouvelle attribution Robert Schulman regrette qu’elle ne soit pas parfois mentionnée dans les catalogues d’exposition. C’est la raison pour laquelle il convient de le signaler à nouveau ici.


Nous avons parlé du  portrait de Verlaine en troubadour que nous avons mentionné en 2015, comme étant de Bazille ( le portrait par Courbet n’a été donné qu’en 2016 dans le tome 2 du  supplément du catalogue raisonné où il figure en couverture). Dans le catalogue de l’exposition de Montpellier en 1992, Dianne Pitman considérait déjà que l’attribution à Bazille était discutable et elle pensait que la signature sur la toile avait été rajoutée ultérieurement. Décidément c’est la comédie des fausses signatures pour ce portait de Verlaine !