mercredi 12 juin 2019

Jean-Baptiste Baronian - "Rimbaud cacographe"


"Rimbaud cacographe" - Communication de M. Jean-Baptiste Baronian, membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, à la séance mensuelle du samedi 8 juin 2019.

À voir sur cette vidéo. Communication passionnante et érudite de l'éditeur du Dictionnaire Rimbaud.

dimanche 26 mai 2019

L’énigme des trois photographies inédites qui seraient prises par Rimbaud

Philipp Paulitschke.DR.


Hugues Fontaine a fait une découverte très intéressante au Weltmuseum à Vienne. Dans un inventaire d’épreuves photographiques rédigé par le savant autrichien Philipp Paulitschke le nom d’Arthur Rimbaud apparaît dans une colonne intitulée « Name des collector » pour trois photographies. Hugues Fontaine pose la question de savoir si « Collector » veut dire « photographe ». En d’autres termes a-t-il découvert trois photos inédites dont Rimbaud serait l’auteur ?

Hugues Fontaine a mené une enquête minutieuse et approfondie qui peut nous permettre de progresser dans cette énigme qu’il nous propose. Il a réussi à montrer que ces trois photos se trouvent dans le fonds de l’explorateur Jules Borelli qui avait fait une expédition avec Rimbaud en 1887 d’Entotto à Harar. Ces photos de Borelli sont des originales, celles du musée de Vienne des contretypes. Hugues Fontaine formule l’hypothèse que Rimbaud a pris ces trois photographies avec l’appareil photographique de Borelli.

Pour ma part je propose de comprendre avant, comment Rimbaud possédait ces trois photographies. Il se trouve que Borelli a été hébergé deux fois par Rimbaud. En mai 1887 après le voyage retour vers Harar, puis une dizaine de jours à partir du 25 septembre 1888, date à laquelle Borelli écrit dans son journal : « À Harar M. Rimbaud m’offre une cordiale hospitalité ». Entre temps, Rimbaud avait donné dans la revue Le Bosphore Égyptien, journal dirigé par le frère de Borelli, une relation de son voyage de Entotto à Harrar, très aimable à l’égard de Borelli. Il avait écrit :

 « Ayant promptement réglé mes comptes avec Ménélik, je lui demandai un bon de paiement au Harrar, désireux que j’étais de faire la route nouvelle ouverte par le Roi à travers les Itous, route jusqu’alors inexplorée, et où j’avais vainement tenté de m’avancer du temps de l’occupation Égyptienne du Harar. À cette occasion,M. Jules Borelli demanda au Roi la permission de faire un voyage dans cette direction et j’eus ainsi l’honneur de voyager en compagnie de notre aimable et courageux compatriote, de qui je fis parvenir ensuite à Aden les travaux géodésiques entièrement inédits sur cette région » 

Il semble alors très probable que c’est à ce moment de l’année1888 que Borelli, hébergé par Rimbaud, a pu lui remettre ces trois photos en souvenir de cette équipée et des services que Arthur lui avait rendus.

Mais, Hugues Fontaine nous donne une autre indication précieuse : il y a une quatrième photo mentionnée par Paulitschke dans sa liste avec comme nom de « Collector » : Taurin Cahagne. Ceci nous permet d’affirmer que « Collector » ne veut pas dire photographe puisque l’évêque Taurin ne faisait pas partie du voyage. le mot « collection » semble donc s’imposer. Comme cette photographie de Cahagne fait partie aussi du fonds Borelli on peut penser que Rimbaud ou Borelli l’aura remise à Taurin.

Reste à comprendre comment Paulitschke a pu obtenir ces photographies et Hugues Fontaine remarque avec une grande honnêteté que ces photographies posent autant de question qu’elles en règlent. 


Taurin Cahagne. Photo Paulitschke. 1885. DR.

Pour ma part je privilégie le fait que Paulitschke connaissait très bien Taurin Cahagne comme en atteste une photographie datée de 1885 qui figure parmi les 54 qu’il avait offertes à la société de Géographie de Paris. En revanche, il ne semble pas avoir rencontré Rimbaud. Mais, il était parfaitement au courant d’une publication de Rimbaud concernant l’ Ogadine comme le montre un extrait de son livre, publié en 1888, où il cite un compte rendu des explorations de Rimbaud : 

« Les premières donnés concernant les tribus occidentales de l’Ogaden furent publiées par M. Arthur Rimbaud, à l’époque patron de Sottiro, dans un « Compte rendu des séances de la commission centrale »  de la Société de Géographie de Paris( 1884, n°3, p.99.103).»

Sans compter qu’il avait pu lire aussi l’article de Rimbaud dans le Bosphore. Dans le livre de Paulitschke, le nom de Cahagne est plusieurs fois cité. Il me semble donc que Paulitschke a pu s’adresser à Cahagne pour  connaître l’adresse de Rimbaud, par exemple. Ou bien s’est-il adressé directement à Rimbaud ?

Comme le dit Hugues Fontaine dans son article, on pourra trouver de nouveaux éléments (une correspondance par exemple) pour étayer les hypothèses.

Je me résume : pour moi la découverte de Hugues Fontaine nous a appris que Rimbaud avait trois photos prises par l’appareil de Borelli et que ces trois photos se trouvent à Vienne. De mon modeste point de vue dans l’état actuel des éléments donnés, le fait que Rimbaud ait pris les trois photos lui-même reste une hypothèse comme le dit lui-même Hugues Fontaine. On peut le remercier pour cette belle découverte qui fait rêver les rimbaldiens !

Références :
Philippe Paulitschke, Harar, Forschungsreise Nach den Somâl und Galla-Ländern Ost-Afrikas, Brokhaus, Leipzig ,1888.(Voir à ce sujet : Correspondance éditée par Jean-Jacques Lefrère, tome 1 page 644)
Articles de Jacques Bienvenu dans le Dictionnaire Rimbaud ( Robert Laffond, 2014)
Respectivement : Borelli, jules ; Bosphore Égyptien ; Cahagne, Louis-Taurin.











mardi 14 mai 2019

Rimbaud Photographe


Hugues Fontaine a révélé ce jour dans une conférence de presse des photographies inédites attribuées à Rimbaud. Il faut attendre le texte complet de sa conférence de presse pour en faire un commentaire. En attendant on peut lire par exemple : cet article

lundi 15 avril 2019

Un livre de Jules Andrieu au British Muséum



Dans la remarquable biographie de Jules Andrieu mise en ligne par son descendant et qui a permis de révéler l’extraordinaire lettre inédite de Rimbaud écrite en 1874, on trouve pages 77 / 78 des extraits d’un des tout premiers ouvrages de Jules Andrieu qui s’intitule :  Chiromancie, la main, le crâne, la face. Ce livre introuvable aujourd’hui avait été publié en 1860 : il est donc susceptible d’avoir été lu par Rimbaud. Nous donnons ici un lien qui permet au lecteur de le consulter en libre accès. Il est intéressant d’observer que ce livre se trouvait au British Muséum dès 1862  comme le montre le tampon qui indique la date d’octobre 1862 :


Il y a donc tout lieu de penser que Rimbaud qui visiblement connaissait l’oeuvre d’Andrieu ait pu le lire justement à Londres, lui qui était un assidu du British Muséum. Il avait fait une demande d'inscription précisément le 4 avril 1874, 12 jours avant sa lettre.

Voici le début du livre d’Andrieu :


Le rimbaldien averti observe tout de suite le nom d’ Éliphas Lévi que Rimbaud aurait lu selon certains exégètes. Jacques Gengoux notamment a trouvé cette phrase d'Éliphas Levy : « Le secret des sciences occultes, c’est celui de la nature elle-même, c’est le secret de la génération des mondes et des anges » qui fait écho au vers de Rimbaud dans Voyelles : « Silences traversés des Mondes et des Anges ». La chiromancie considérée comme une pseudo science, voire du charlatanisme aujourd’hui, renaissait au XIXe siècle sous l’impulsion notoire d’un certain Capitaine d’Arpentigny comme le signale Andrieu. Il semble utile de donner ces informations au lecteur qui pourra peut-être découvrir dans ce livre d’Andrieu des idées que Rimbaud a pu relever.

mercredi 10 avril 2019

Résultats de la vente de la collection Aristophil du 3 avril


Les résultats de la vente de la collection  Aristophil du 3 avril (voir notre article précédent) ont été données en totalité hier 9 avril. On peut les consulter sur ce lien.

On observe que La lettre de Verlaine avec  le dessin de rimbaud et Verlaine au verso a dépassé son estimation et a été achetée 72800 euros ( lot 732). En revanche le manuscrit du poème de Rimbaud estimé 150000-170000 euros n’a pas trouvé preneur (lot 687) ainsi que la liste de mots espagnols écrits par le poète (lot 688).

lundi 1 avril 2019

Verlaine et Rimbaud à Drouot le 3 avril 2019


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Le dessin avait été révélé dans le catalogue de la vente à l’Hôtel Drouot du 31 mai 2005 et reproduit dans l’édition par Jean-Jacques Lefrère de la correspondance de Rimbaud, mais sans le texte  du  recto de la lettre qui n’a semble-t-il jamais été publié. On peut le voir et l’agrandir sur le catalogue en ligne de la vente Aguttes  du 3 avril 2019 à Drouot. La fiche du catalogue attribue par erreur le destinataire de la lettre à Mathilde Verlaine alors qu’il s’agit d’Edmond Lepelletier.

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Le même jour est mis en vente une liste de 130 mots écrits en espagnol par Rimbaud avec leur traduction en français.

Voir aussi le manuscrit de "À quatre heures du matin..." provenant d'une collection particulière.