dimanche 5 juillet 2020

Dossier Voyelles 4



À quel moment  le poème Voyelles s’inscrit dans l’oeuvre de Rimbaud ?

On ne connaît pas la date exacte où Rimbaud a écrit ce poème. Cependant quelques indications peuvent la préciser. Quand Verlaine le présente dans Les Poètes maudits, il laisse entendre que le poème a été écrit en 1871. Aucune date ne figure sur le manuscrit. Néanmoins on a concernant  le manuscrit une indication importante : il avait été remis à Émile Blémont créateur de la revue de La Renaissance littéraire et artistique. Il est donc certain que le sonnet a été écrit avant le départ de Rimbaud en juillet 1872. En juin 1872, Rimbaud dans une lettre à Delahaye lui demandait de « chier sur la Renaissance, journal littéraire et aristique(sic) ». Des critiques ont alors pensé qu’il était déçu que le sonnet des Voyelles n’y soit pas publié. 

 Coin de Table où l'on peut voir Blémont debout au centre. DR.


En outre, on sait qu’en mai 1872 Rimbaud change de poétique et que ses nouveaux poèmes ne respectent pas les règles de la prosodie classique. Verlaine d’ailleurs dans sa présentation des Poètes maudits avait écrit : « Son vers solidement campé, use rarement d’artifices. Peu de césures libertines, moins encore de rejets. Rimes très honorables. Nous ne saurions mieux justifier ce que nous disons-là qu’en vous présentant le sonnet des Voyelles. » 

Or, c’est justement dans les rimes que réside une originalité majeure. Non seulement le poème est bien rimé mais les rimes sont d’une richesse extrême et elles sont toutes féminines sauf deux qui sont masculines (yeux/studieux). Pourtant Rimbaud avait toujours respecté la règle d’alternance des rimes. Il semble donc que Voyelles représente le moment où la poésie de Rimbaud bascule vers les poèmes parfois sans rimes de mai 72 qui ne respecteront plus les règles classiques notamment l’alternance des rimes féminines et masculines.

On peut  comprendre ce basculement dans le chapitre Alchimie du verbe d’Une Saison en enfer dans lequel Rimbaud explique ce qu’il appelle à ce moment sa folie poétique passée.

Il est significatif que Rimbaud y présente Voyelles comme une expérience de la Voyance. Citons-le : « J'inventais la couleur des voyelles ! A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. Je réglais la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais la traduction. »

Il est certain qu’on peut relier ce passage à la lettre du Voyant à Demeny dans laquelle il disait : « Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. »

Remarquons qu’il ne cite pas en entier le poème Voyelles que le lecteur de 1873 ne pouvait  pas connaître. Il se contente de dire qu’il avait inventé la couleur des voyelles. En revanche il cite entièrement des poèmes de mai 1872 qui ont la réputation d’être particulièrement hermétiques.

Le sonnet des Voyelles lui-même est hermétique, cependant faut-il réserver la traduction comme le dit Louis Forestier ?


À suivre 

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