mercredi 18 décembre 2019

La lettre de Rimbaud du 18 avril 1874 et quelques commentaires d’actualité sur les « Illuminations »


Début de la lettre du 16 avril 1874 comportant cinq " f " non bouclés par le bas. DR.


Dans le dernier "Rimbaud Vivant" N°58 je pense avoir montré, en examinant la graphie de la lettre du 16 avril 1874, que Rimbaud n’a pas mis au net les Illuminations avec Germain Nouveau au printemps de 1874, comme on le croyait mais juste avant de partir à Stuttgart en janvier - février 1875 à Charleville.

La démonstration repose sur le fait qu’aucun des f de la lettre (voir l’image ci-dessus) n’est bouclé par le bas. (Pour la totalité de la lettre voir le lien sur  la deuxième ligne après le préambule de l'article du descendant d'Andrieu). Comme le poème Métropolitain de Rimbaud a ses 12 premières lignes de Rimbaud et les 19 suivantes de Germain Nouveau on doit dater l’intervention de Germain Nouveau après le 16 avril 1874. En effet, les "f " bouclés par le bas n'apparaissent pas dans les manuscrits de Rimbaud connus antérieurs au début de 1875 et les Illuminations contiennent plus de 450 f minuscules qui sont sans exception bouclés par le bas, comme le sont tous les f des lettres de 1875-1891.

Fragment de Métropolitain écrit par Rimbaud et ses "f " bouclés.

Dans mon article je montre que cette intervention de Germain Nouveau n’a pu se faire qu’en janvier-février 1875 à Charleville avec Rimbaud. 

Il se trouve que cette publication intervient au moment où je suis cité dans un débat où l’on reprend ma réfutation de la pagination par Rimbaud des Illuminations. Alain Bardel a réalisé un énorme dossier sur ces poèmes en prose dont l’un des buts, semble t-il, est de défendre la position de Steve Murphy par rapport à celle d’André Guyaux sur la question des Illuminations. Suite à ce dossier, David Ducoffre a publié un long article où il reproche à Alain Bardel d’avoir éclipsé ma réfutation de la pagination des Illuminations, réfutation à laquelle il avait participé. Mais ce n’était pas fini. Voici qu’Alain Bardel revient sur le sujet dans un très long article sur Fénéon qui est d’actualité en ce moment dans des expositions parisiennes ! 


Je me permets d’intervenir dans ce débat. Je crois que David Ducoffre a raison quand il dit qu’Alain Bardel a une position partisane. Certes Alain Bardel a le droit d’avoir de l’admiration pour son idole Steve Murphy mais il convient avant tout d’examiner les arguments. Selon Alain Bardel l’article de Steve Murphy "Les illuminations manuscrites" écrit dans le N°1 d’Histoires littéraires donnerait la preuve que la pagination des Illuminations est de Rimbaud. Je maintiens tout ce que j’ai dit à ce sujet. Au lieu de noyer le lecteur dans un fatras de commentaires, je vais rappeler un de mes arguments. Il suffit par exemple d’observer les deux 7 que je donne dans les images de la lettre du 17 avril et de l’inscription au British muséum (voir ci-dessous).

7 non barré de 178 et "f" non bouclé de Stamford, 4 avril 1874. DR.

Ces deux sept ne sont pas barrés comme tous les 7 de Rimbaud sans exception et ils sont nombreux dans la correspondance. Or le feuillet  du manuscrit paginé  7 est justement un 7 barré :

7 barré dans le coin droit en haut du manuscrit.DR.

Désolé, mais ce contre-exemple est suffisant pour mettre en doute la thèse de Murphy.

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