vendredi 9 janvier 2026

Un manuscrit de rimbaud enfant en vente aujourd’hui ( première partie). Mis à jour le 21 janvier

DR. Claude Blaizot

Un manuscrit de rimbaud enfant en vente aujourd’hui ( première partie)



L’histoire du manuscrit de Rimbaud enfant commence il y a cinquante ans. Un catalogue de vente (Bibliothèque Henri Thuille) révélait le 27 avril 1976 l’existence de « deux fragments attribués à Rimbaud. Ces mini manuscrits ont une longueur d’environ douze centimètres sur deux et demi de large. Le papier en est jauni l’encre pâlie. L’écriture-à peine lisible sur le fragment de gauche, ressemble à celle du jeune âge. Le fragment de droite est une liste de noms, où on peut lire les mots « Parnasse » et « Apollon ». Steve Murphy a rendu compte de ce catalogue en précisant : « Il ne s’agit toutefois, le catalogue le dit bien, que d’une attribution.(Œuvres complètes, tome IV, p.499).


Tout récemment, j’apprenais grâce à Franck Delaunoy, que des manuscrits de Rimbaud enfant étaient en vente chez le libraire Claude Blaizot que je contactais. J’ignorais complètement l’existence de ces manuscrits qui présentent pour la connaissance de Rimbaud un intérêt considérable. Ce sont des listes de mots qui correspondent à un devoir scolaire donné à l’institution Rossat où le poète se trouvait à ce moment et qu’il quitte à l’âge de 11ans. C’est donc un manuscrit contemporain du Cahier dit « des dix ans ». Qui pourrait croire qu’une simple liste de mots autographes de Rimbaud à l’âge de 10 ans puisse nous donner des informations capitales sur le génie de Rimbaud ?

Dans une seconde partie on expliquera le cheminement du manuscrit, la certitude que ces listes de mots sont autographes et la raison pour laquelle il correspond à un devoir scolaire.


Avec l’aimable autorisation de Monsieur Claude Blaizot pour le fac-similé publié et pour ceux qui suivront.


Mise à jour du 21 janvier


Dans son tome IV Murphy avait donné le texte du catalogue Thuille que j’ai reproduit dans mon article. Récemment j’ai voulu avoir ce catalogue et j’ai pu l’obtenir grâce à Mr Blaizot. À sa lecture j’ai eu la surprise de constater  que le texte de Murphy ne provenait pas de ce catalogue ! Sur le catalogue il est mentionné que les manuscrits sont autographes contrairement à Murphy qui prétend qu’il ne s’agit que d’une attribution à Rimbaud. Les conséquences de cette erreur sont importantes. Si Murphy avait lu le catalogue, il aurait vu la mention autographe et aurait reproduit dans son livre les fac-similés des listes de mots. Ce n’est  que bien plus tard que ces manuscrits ont été redécouverts comme je l’expliquerai dans mon prochain article.


Extrait du catalogue Thuille du 27 avril 1976

21 heures 35

En fait Murphy n'a pas reproduit le texte du catalogue de la vente de la Bibliothèque Henri Thuille, comme indiqué dans son tome IV, mais un compte rendu de la vente Drouot, du 27 avril 1976,  de la Bibliothèque Henri Thuille, donnée dans la revue Rimbaud vivant N° 10. Elle signalait que le livre des oeuvres de Rimbaud de 1898 avait été adjugé 3700F à cause de la présence sous la même reliure de deux fragments attribués à Rimbaud. Il y a donc confusion entre le catalogue Thuille qui précise bien que les fragments sont autographes et un simple compte rendu. Murphy n'a pas cherché à en savoir plus sur ces fragments et ne les a donc pas consultés sinon il aurait dû en donner les fac-similés dans son livre qui était fait pour ça. On aura des nouvelles de ces fameux fragments 40 ans après lorsque Monsieur Claude Blaizot les ayant achetés demanda l'expertise de ces documents.
Tous les détails seront donnés dans notre prochain article.

Je remercie Franck Delaunoy de m'avoir communiqué le Rimbaud vivant N°10 que je n'avais pas.  

vendredi 12 décembre 2025

Le mot Illuminations au bas du manuscrit de Promontoire est-il de Rimbaud ?

 

DR. AR 280/54, Fonds Rimbaud, Musée Arthur Rimbaud,
Charleville-Mézières

L’objet de cet article est de montrer que le mot Illuminations au bas du manuscrit de Promontoire est de Rimbaud

Dans le dictionnaire Rimbaud de la collection Bouquins André Guyaux explique  bien le problème : « Une incertitude s’attache également au titre sous lequel les poèmes en prose de Rimbaud sont connus et publiés. Sauf peut-être sur l’autographe de Promontoire, où il apparaît au bas du texte et dans le coin supérieur gauche du feuillet, tracé d’une ou de deux mains que l’on n’a pas jusqu’ici formellement identifiées, le mot Illuminations ne figure sur aucun manuscrit de Rimbaud. C’est Verlaine qui nous a transmis ce titre. » (p.330 )


Cependant dans la Pléiade, André Guyaux est moins nuancé. Il écrit que le mot « Illuminations » en bas du feuillet est clairement donné comme allographe tandis que les initiales A.R. sont désignées comme probablement autographes (p.974).


Dans le dictionnaire Rimbaud des Classiques Garnier, Michel Murat mentionne que le mot Illuminations est allographe ( p.358) probablement en se rangeant à l’avis  de la Pléiade d’André Guyaux.


Si l’on considère les deux Pléiades qui ont précédé, on peut être surpris par leur analyse du mot Illuminations dans Promontoire. Ainsi dans la Pléiade de André Rolland de Renéville et de Jules Mouquet il est écrit ( p.719) : «  Seul le feuillet manuscrit de la pièce Promontoire porte entre parenthèses la mention Illuminations.Toutefois cette mention n’est pas de la main de Rimbaud mais de celle de Paterne Berrichon comme l’a établi M. Pierre Petitfils. »


En réalité Pierre Petitfils n’a rien prouvé du tout. Dans sa note 1 page 74 de son étude sur les manuscrits de Rimbaud (études rimbaldiennes, 1969) il écrit que « Rimbaud à notre connaissance n’a jamais écrit le mot Illuminations. Il figure bien au bas du manuscrit de Promontoire, mais il a été ajouté par (Paterne Berrichon ?) » Le point d’interrogation montre bien la limite de la démonstration.


Dans l’édition de la Pléiade d’Antoine Adam, celui-ci précise que le mot Illuminations est de Verlaine sans aucune justification (P.1011).


On est donc reconnaissant à André Guyaux d’avoir clarifié la situation. D’ailleurs, il avait déjà donné son sentiment sur cette question en écrivant dans sa Poétique du fragment p. 147 « Et, avec la réserve qu’il n’est pas exclu qu’ils soient autographes, le titre Illuminations et les initiales A.R., au bas de  Promontoire »


Bouillane de Lacoste dans son livre Rimbaud et le problème des Illuminations avait étudié longuement le manuscrit de Promontoire. Il commençait par affirmer que ce manuscrit n’était pas un brouillon « car Rimbaud a mis au bas ses initiales ». Donc il identifiait les initiales A.R. dont il étudiait la forme du R comme étant de Rimbaud ( P.160-162). Toutefois curieusement il négligeait d’identifier l’auteur du mot Illuminations au bas du manuscrit. Il est temps à présent de tenter de résoudre l’énigme de l’auteur de ce mot.



Considérons d’abord  la mention en haut à gauche sur laquelle on peut lire : « Illuminations page 34 légères modifications » écrit d’une encre plus claire que celle du manuscrit. On peut l’expliquer facilement comme je l’ai fait dans mon article de 2013. La page 34 fait référence à celle de l’édition Vanier de 1892 où figure le poème Promontoire.

DR. Gallica. Édition Vanier 1892

On sait qu’après avoir été (mal) utilisé par La Vogue ce manuscrit est passé aux mains de Vanier. Toutefois celui-ci a reproduit à l’identique la version fautive de La Vogue. C’est pour cette  raison qu’il y a écrit légères modifications. On peut supposer que c’est Vanier lui même qui a écrit la mention. Il s’est montré un peu léger d’écrire légères modifications car il aurait évité des erreurs en utilisant le manuscrit. 


Alain Tourneux le conservateur honoraire du Musée Rimbaud a bien voulu accéder à ma demande d’examiner le manuscrit de Promontoire. Il ressort de cet examen un élément capital : les lettres A.R. et le mot Illuminations en bas du manuscrit sont écrits avec une encre brune plus claire que celle du manuscrit. 

Dès lors, on ne voit pas pour quelle raison A.R. qui est de Rimbaud et Illuminations qui est de la même encre à côté de A.R. ne serait pas de Rimbaud.


En conclusion, on peut dire que rien ne contredit le fait que le mot Illuminations en bas à droite ne soit pas de l’écriture de Rimbaud. D’autre part, grâce à notre photographie du manuscrit envoyée par Alain Tourneux, en accord avec la médiathèque Voyelles, on peut voir que la mention en bas à droite n’est pas de la même encre que celle en haut à gauche si bien que l’on peut dire à présent que les deux mains dont parlait André Guyaux au début de mon article ont été identifiées.


Dans l’intéressante publication : Arthur Rimbaud, Les illuminations [manuscrits], Préface de Steve Murphy, Conception d’Alain Bardel & Alain Oriol,Toulouse, 2025 ; le manuscrit de Promontoire reproduit page 67 ne permet pas de voir que les initiales A.R. et le mot  Illuminations ne sont pas de la même encre que celui du texte. C’est peut-être pour cette raison que les auteurs ainsi que Steve Murphy n’ont pas étudié l’attribution du mot Illuminations à Rimbaud.


Mise à jour du 14 décembre


David Ducoffre vient de mettre en ligne un article dans lequel il exprime sa perplexité sur le fait que les initiales A.R. seraient de Rimbaud. J’avoue que je n’ai pas mis en doute l’expertise de Bouillane de Lacoste au sommet de son art d’expert en graphologie en 1949. Néanmoins, la question de savoir s’il s’est trompé mérite d’être posée. Dans son livre il observe que six A majuscules sur le manuscrit ont une forme qui correspond bien au A des initiales. Pour le R il a un problème, car les deux R majuscules du manuscrit ne ressemblent pas au R des initiales. Cela ne le dérange pas et il trouve que la forme du R est intéressante et ressemble au P de "Péché" dans Beth-saîda. David Ducoffre, lui écrit : « pour le "R" majuscule, nous en avons  dans les deux occurrences de "Royal", mais ils sont nettement différents du "R" très bouclé de la signature ». On trouve cependant un R très bouclé dans Matinée d’ivresse :



Mais il existe une autre difficulté. Pour quelle raison Rimbaud aurait éprouvé le besoin de signer après coup son manuscrit ? On peut poser la question autrement : Comme il est avéré que Vanier a écrit la mention des Illuminations en haut à gauche, pour quelle raison lui ou un autre aurait-il écrit les initiales A.R. ? S’il fallait préciser que c’était Rimbaud qui était l’auteur du manuscrit on aurait écrit Arthur Rimbaud et non des initiales qui semblent bien autographes.

Nous soumettons ces problèmes à nos lecteurs qui interviendront peut-être sur le blog.


Mise à jour du 17 décembre


Dans son tome IV des Œuvres complètes de Rimbaud Steve Murphy a donné, avant moi, des indications similaires aux miennes pour attribuer les initiales A.R. à Rimbaud. Ainsi il écrit : 

«  Rimbaud signe souvent de ses initiales et on imagine mal ce qui aurait poussé un éditeur à ajouter ces initiales (et non le nom entier de Rimbaud) au manuscrit. (…) « Ces initiales sont bien de Rimbaud : le poète a coupé le feuillet de manière à contourner à la fois le trait séparateur au-dessus du titre de Guerre et ces initiales ;

Le A fortement penché vers la droite avec une attaque recourbée, ressemble à plusieurs A majuscules du recueil, dans Jeunesse III et VI comme dans Promontoire (voir Arabie et surtout Asie, mais non pas Allemagne). »

En revanche il écrit : « la mention (illuminations) en bas du texte, a été écrite d’abord au crayon, puis surchargée à l’encre, l’écriture à l’encre au moins étant allographe ». Il ne parle pas de la couleur des encres.


Mise à jour du 28 décembre


Suite aux commentaires très intéressants concernant notamment le I majuscule des mentions du mot Illuminations en haut à gauche et en bas à droite du manuscrit je publie les photos suivantes : 


En bas à droite du manuscrit




En haut à Gauche (Vanier)



Manuscrit de Conte


Italie, manuscrit de promontoire



Manuscrit de Parade

 

Indes, manuscrit de Enfance II

On constate que les I majuscules de Rimbaud son variables et que ces exemples ne contredisent pas le fait que le mot Illuminations en bas à droite puisse être de Rimbaud. Le I majuscule de Vanier est très différent du I majuscule de la mention Illuminations en bas à droite ce qui semble montrer que ce n'est pas Vanier qui l'a écrite.

Mise à jour du 18 janvier

DR. AR 280/54, Fonds Rimbaud, Musée Arthur Rimbaud, 
Charleville-Mézières

Une nouvelle photo, de la mention Illuminations en bas à droite du manuscrit, réalisée par Alain Tourneux permet de mieux voir le mot Illumination écrit au crayon. Il n’est pas possible de savoir qui l’a écrite. Le I majuscule pourrait être de Rimbaud, mais aurait-il marqué Illumination au singulier avant ou après avoir signé de ses initiales ? C’est impossible de le savoir.


En conclusion les mots Illuminations au pluriel et Illumination au singulier pourraient être de Rimbaud .


Dans Les Illuminations [manuscrits], Préface de Steve Murphy, Conception d’Alain Bardel & Alain Oriol, Toulouse, 2025, sur le manuscrit de Promontoire ( p.67) la mention au crayon est à peine lisible et ne permet aucun commentaire sérieux comme nous l’avons fait.

samedi 1 novembre 2025

Une information inédite pour les proses évangéliques

 

DR. Gallica.

Dans sa biographie de Jésus,  Jean Christian  petitfils le fils du rimbaldien Pierre Petitfils, nous apprend qu’en 1871 on avait fait des fouilles sur le parvis de l’église Sainte-Anne de Jérusalem, ce qui avaient permis d’identifier les piscines de Bethesda ( Betsaïda)  où Jésus avait guéri des infirmes. (Page 219 de la biographie)


Rimbaud avait donc écrit ses proses évangéliques où il évoquait à sa manière les guérisons miraculeuses de Betsaïda au moment où ces piscines étaient identifiées.


Une recherche sur Gallica confirme cette information. En janvier 1872 Ernest Renan communique à une revue archéologique le résumé d’une lettre de M. Clermont-Ganneau se rapportant à Béthesda et à la piscine probatique que M. Ganneau croit avoir été située sur l'emplacement actuel de l'église Sainte-Anne.


DR. Gallica.

Or, le nom de Renan est associé aux proses évangélique de Rimbaud par des spécialistes du poète. Ainsi André Guyaux écrit dans la Pléiade (page 920) : 


Le regard de Rimbaud, dans cette paraphrase, a pu paraître proche aussi de celui de Renan. Comme l’auteur de La Vie de Jésus, Rimbaud reste fasciné par la figure du Christ « transformateur du réel ». Renan, dont le nom apparaît dans Ce qu’on dit au poète à propos de fleurs, a pu suggérer à Rimbaud une lecture de l’Évangile empreinte de dilettantisme et de scepticisme.Yves Reboul a observé le caractère renanien de l’évocation de la Galilée, « délicieux séjour », dit Renan, dont l’ « air » est « léger et charmant ».


La coïncidence de l’identification des piscines de Betsaïda à Jérusalem et de la composition des proses évangéliques n’avaient jamais été signalé avant Jean Christian Petitfils. On a vu que c’est aussi un argument fort pour l’importance de Renan qui était informé de cette identification en 1872. 


Mise à Jour du 4 novembre : Je signale deux commentaires excellents de David Ducoffre sur son blog et de Alf dans le premier commentaire de cet article. Je suis convaincu que d'autres recherches pourraient montrer que l'actualité des fouilles de l'église Sainte-Anne et la parution des proses évangéliques ne sont pas une simple coïncidence et que l'on arrivera peut-être à le démontrer.

mardi 30 septembre 2025

Les Curiosités de l'histoire de France

Au début de l’année 1870, Rimbaud envoie à Izambard une lettre où il lui demande  de lui prêter les Curiosités historiques et les Curiosités bibliographiques de Ludovic Lalanne ainsi  que les Curiosités de l’histoire France du bibliophile Jacob.

Tous les éditeurs des oeuvres de Rimbaud  pensent que cette demande concerne la préparation de son devoir : la lettre de Charles d’Orléans à Louis XI.


Rimbaud demandait dans sa lettre à Izambard de lui envoyer la deuxième série des Curiosités de l’histoire de France. Or, il s’agit de bien autre chose qu’une documentation pour la lettre de Charles d’Orléans à Louis XI.


En effet, on trouve dans cet ouvrage un texte sur Gilles de Rais qui avait tué et violé des centaines d’enfants. L’horreur des pratiques du maréchal y est dévoilée ( p.64) : 


Ces petits enfants étaient menés le soir dans la chambre du maréchal. Après avoir assouvi son affreuse luxure, le sire de Rais prenait plaisir à couper la gorge de ces innocentes victimes, ou bien il ordonnait (…) d’enfoncer un poignard dans la jugulaire des enfants de manière que le sang jaillit sur lui et l’inondât de jets intermittents : la chaleur de ce sang ruisselant sur sa chair lui causait une sorte de délectation extatique.


Rimbaud qui avait seulement quinze ans a certainement été impressionné par cette lecture.

S’est t-il inspiré de ce texte quand il écrivait dans Conte à propos d’un prince qui égorgeait bêtes et gens « peut-on s’extasier dans la destruction, se rajeunir par la cruauté ! » ?


Plus troublant encore dans la deuxième série des Curiosités de l’histoire de France on apprend que le surnom de Gilles de Rais était barbe-bleue, et on trouve dans Après le Déluge : «  Le sang coula chez Barbe-Bleue ».

 

Voir le commentaire de l'article Une étrange lettre dont cet article s'inspire.

Mise à jour du 2 octobre
Dans sa lettre du 12 juillet à Izambard Rimbaud écrivait : « Si vous avez des imprimés inconvenants dans une [bibliothèque de professeur et que vous vous en ]apercevi[ez, ne vous gênez pas], mais vite, je vous prie, on me presse. »
Rimbaud qui avait reçu à ce moment-là les Curiosités de l’histoire de France savait qu’Izambard pouvait avoir d’autres imprimés inconvenants.

samedi 6 septembre 2025

Rimbaud et Catulle Mendès, le malentendu.

 

Catulle Mendès. DR.

Catulle Mendès fut un témoin de Rimbaud, mais il n’a jamais apprécié le poète et ceci dès le début. Nous savons par Verlaine qu’il ne partageait pas l’enthousiasme pour le jeune prodige, il écrivait le 1er décembre 1895 dans Les beaux arts : « Les grands Parnassiens (Coppée, Mendès, Heredia) n’admirèrent que mal ou pas du tout le phénomène nouveau. » 


On est certain que Rimbaud et Mendès se sont rencontrés le 15 novembre 1871 à la représentation du Bois de Glatigny à l’Odéon. Edmond Lepelletier en avait donné un compte rendu le lendemain dans Le Peuple souverain : «  Tout le Parnasse était au complet, circulant et devisant au foyer, sous l’œil de leur éditeur Alphonse Lemerre. On remarquait ça et là le blond Catulle Mendès donnant le bras au flave Mérat. Léon Valade, Dierx, Henri Houssaye causaient ça et là. Le poète saturnien Paul Verlaine donnait le bras à une charmante jeune personne, Mlle Rimbaut(sic). » On ne sait pas si Rimbaud  a pu à cette occasion parler à Mendès.


Notre poète n’avait pas a priori d’animosité à l’égard de Mendès. Dans sa lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871 il citera Mendès comme représentant des « fantaisistes » ce qui laisse entendre qu’il avait probablement connaissance de la Revue fantaisiste dont Mendès était le fondateur en 1861. Dans cette revue des articles très importants de Baudelaire, Banville et Gautier avaient été publiés. Rimbaud a su aussi que Mendès avait créé en 1866 avec Louis Xavier de Ricard la revue Le parnasse contemporain.


Le 15 juin 1872, Rimbaud pouvait lire dans La Renaissance littéraire et artistique trois poèmes de Mendès. Nous ne savons pas ce que Rimbaud a pu en penser.


Les trois poèmes de Mendès  dans La Renaissance

La femme de Mendès, Judith, était la fille de Théophile Gautier. Elle avait aussi écrit dans La Renaissance littéraire et artistique des poèmes en prose dont la forme semble avoir inspiré Rimbaud. Pour la petite histoire Gautier qui n’aimait pas son gendre l’avait surnommé « crapule m’embête ».



Dans son  Rapport à M. le ministre de l'Instruction publique et des beaux-arts sur le mouvement poétique français de 1867 à 1900, Mendès minimise l’influence de Rimbaud avec un parti pris de dénigrements comme le montrent des extraits de ce rapport :



Pour ce qui est d'Arthur Rimbaud, bien loin d'avoir rien innové du tout, il fut, non sans intensité d'ailleurs, avec quelque chaude violence, un exaspéré Romantique attardé (…)

je pense au Bateau ivre, on n'y peut pas même voir une allégorie; ce n'est qu'une figure de rhétorique, démesurée.(…)

je songe aux Effarés, aux Pauvres à l'église, aux Premières communions, Chercheuses de poux), l'intention symbolique d’Arthur Rimbaud paraît bien improbable. La vérité, c'est que, le plus souvent. il s'efforce à l'expression excessive, mais directe, de ce qu'il éprouve. de ce qu'il imagine, de ce qu'il voit. Et, romantique, — le Sonnet sur la couleur des voyelles n'a rien qui me contredise, — il l'est quant à la forme aussi. Son vers, à la rime riche et qui veut être rare, son vers rude, cassant, cassé, cacophonique, (chaque strophe faisant l'effet d'un panier plein de tessons de bouteilles)(…)Arthur Rimbaud ne semblera guère dans l'avenir, je pense, qu'un Petrus Borel naturaliste.

Catulle Mendès a joué un grand rôle pour la poésie de son temps. Il a laissé un nombre considérable d’écrits mais la postérité l’a complètement oublié. Dommage .


Mise à jour du 8 septembre : Anré Guyaux "Rimbaud au crépuscule de ses 20 ans"