mardi 13 avril 2021

Les 150 ans du Bateau ivre

 

DR.


Il est question de fêter cette année les 150 ans du Bateau ivre de Rimbaud.


Il faut d’abord tenter de donner une date à la création du poème et être sûr qu’il a bien été écrit en 1871. Pendant longtemps on a pensé que Le Bateau ivre avait été écrit à Charleville juste avant le départ de Rimbaud pour Paris en septembre 1871. On se basait sur le récit de Delahaye qui aurait été témoin de son départ à Paris. Plusieurs témoignages de Delahaye indiquent que Rimbaud a écrit Le Bateau ivre avant son départ de Charleville pour aller chez Verlaine. Le témoignage le plus cité est celui qu’il a écrit en 1923 dans Rimbaud l’Artiste et l’être moral page 40-41  :  


La veille de son départ — fin septembre 1871 — Rimbaud me lit Bateau ivre

« J'ai fait cela, dit-il, pour présenter aux gens de Paris ». Comme je lui prédis alors qu'il va éclipser les plus grands noms, il reste mélancolique et préoccupé : « Qu'est-ce que je vais faire là-bas ?... Je ne sais pas me tenir, je ne sais pas parler... Oh ! pour la pensée, je ne crains personne {sic)... » 


Il a aussi donné un témoignage du même genre en 1908 dans la Revue d’Ardennes et d’Argonne. Bouguignon et Houin reportent les mêmes souvenirs de Delahaye en 1897. Donc Delahaye n’a jamais varié dans ses souvenirs et on a largement cru à son témoignage.


Cependant la critique récente a remis en doute ce récit car dans plusieurs cas la fiabilité des témoignages de Delahaye laissait à désirer.


André Guyaux  dans la Pléiade fait remarquer que rien n’est établi précisément quant à la datation du Bateau ivre, et que l’on peut douter, avec Marcel Ruff, de la reconstitution d’Ernest Delahaye et de la tentation de faire du Bateau ivre le passeport du jeune poète  arrivant à Paris . Il ajoute  qu'un dessin d’André Gill, probablement détaché de l’Album zutique et montrant le jeune poète à la proue de son bateau suggère que le poème était connu à la fin de 1871 (Pléiade, p.868). 


Il faut ajouter que parmi les témoins de l’arrivée de Rimbaud à Paris, aucun n’indique que Le Bateau ivre a été lu à la séance où Rimbaud a été présenté aux poètes parisiens. Verlaine qui a fait connaître le poème dans les Poètes maudits ne donne aucune indication de date précise. Le manuscrit écrit par Verlaine n’est pas daté.


David Ducoffre propose la date de fin octobre-novembre 1871 dans un article publié sur ce blog où il écrit :

« La description de la vie des prisonniers sur les pontons était d’actualité dans la presse en septembre-novembre 1871 et une section Epaves de la Commune relataient les arrestations et aventures de communards en fuite dans Le Moniteur universel, ce qui est à rapprocher de la mention finale des « pontons » et de la volonté d’une quille qui éclate. Le poème est probablement postérieur à la première représentation de la pièce Fais ce que dois de Coppée qui prend à partie les communards en rappelant la devise de la ville de Paris Nec fluctuat mergitur, mais postérieur aussi au procès en octobre du très jeune communard Maroteau que la défense présentait comme quelqu’un s’étant lancé dans la Commune en poète. Un extrait du Figaro du sept octobre raille cette défense, nous l’avons citée dans un autre article du blog Rimbaud ivre : « Du nouveau sur l’Album zutique : en feuilletant Le Moniteur universel ». Ces éléments de datation nous paraissent fort plausibles dans la mesure où ils éclairent certains motifs du poème de véritables intentions du poète, et cela par la prise en compte d’une actualité qui continuait de traiter de la Commune des mois après la Semaine sanglante. En tout cas, l’idée que Rimbaud ait lu Le Bateau ivre lors du dîner des Vilains Bonshommes du 30 septembre n’est fondée sur rien. Le témoignage suspect de Delahaye se contentait d’avancer que Rimbaud emportait cette composition à Paris pour épater les Parnassiens. »


Le 21 avril 2014 je publiais : Rimbaud et la Commune. Hypothèses sur la genèse et la date de conception du « Bateau ivre » et de «L’Homme juste » dans lequel je suggérais que la date de composition du Bateau ivre était probablement postérieure à la parution d’un poème inédit de Victor Hugo publié dans Le Rappel le 20 novembre1871. 


Un autre argument qui va dans le sens d’une écriture plus tardive du poème est l’expression du Bateau ivre « Moi l’autre hiver,...» qui suggère que le poème  a été écrit en hiver et non en septembre comme le prétendait Delahaye.(L’autre hiver, c’est celui de 1870 quand Rimbaud est allé à Paris pour la première fois.) 


On ne peut alors exclure complètement l’hypothèse que le poème ait été écrit début 1872, au moment où Rimbaud logeait rue Campagne-Première avec Forain.

lundi 22 mars 2021

Précisions sur la présence de Rimbaud et Germain Nouveau à Charleville en janvier 1875

 


On trouve dans la revue Les Ardennes françaises du premier janvier 1930, un  article intitulé Souvenirs ardennais  qui   donne des  informations sur l’institution Barbadaux où Germain Nouveau fut embauché comme surveillant en janvier 1875 : 

« M.Rossat fut remplacé par un organisateur de premier plan : M. Barbadaux. L’institution Rossat devint sous M. Barbadaux strictement d’enseignement secondaire. Mlle Muller devenue Mme Barbadaux s’occupait de nourrir maîtres et pensionnaires. La tenue de l’école était le pantalon d’artillerie un beau Kepi à liseré d’or et bande rouge dont les élèves étaient très fiers. » 


Sur le dessin que Delahaye a envoyé à Verlaine on voit bien les képis des élèves qui entourent Germain Nouveau.



Dans sa lettre à Verlaine Delahaye écrivait : « Un ancien élève de Barbadaux (Charleville) où le jeune homme a pionné comme tu sais pendant un mois, a parlé de lui. C’était, paraît-il, dans ses temps d’erreur, à l’époque où il imitait le trop glorieux Modèle, à grand renfort d’extravagances & d’absinthes à la Musset. Il y a particulièrement une histoire de punch épatant, dans un pot de chambre, en compagnie des madrés de la pension, qui a dû empêcher l’ Autre de dormir s’il l’a connue. »

Dans sa préface aux Valentines Delahaye ajoute : « Bientôt la première étude est devenue un pur beuglant. M. Germain trouverait encore cela assez simple; mais les chansons et les cris d’animaux peuvent s’entendre au dehors; il a une responsabilité, après tout ; on le paye pour maintenir un certain ordre : il frappe donc avec une cléf, sur son pupitre. Les élèves n’y prennent point garde, il se fâche pour tout de bon : les élèves estiment et le laissent voir, que cette colère est de mauvais goût. Il ne perd pas de temps à déplorer leur ingratitude, il conclut que son rôle est terminé, il s’en va. »


Selon Maïté Dabadie Germain Nouveau avait une chambre en ville, information qu’elle tenait des archives ardennaises.


Il est donc fort possible que Rimbaud et Germain Nouveau se soient réunis dans cette chambre pour mettre au net les Illuminations en janvier-février 1875 juste avant le départ de Rimbaud pour Stuttgart qui part le 13 février.


La mise au net des Illuminations à cette date au lieu du printemps de 1874 à Londres comme je l’ai prouvé, change la donne. Cela semble plus crédible que cette longue attente de 9 mois avant de vouloir les publier. On peut penser que c’est sous l’impulsion de Germain Nouveau que Rimbaud s’était décidé à vouloir imprimer ses poèmes en prose. Par ailleurs, on est en droit de se demander pourquoi Rimbaud ne confia pas directement les manuscrits à Germain Nouveau à ce moment là. La réponse est simple. Confier les manuscrits à Germain Nouveau qui devait accomplir un long trajet à pied de plusieurs mois n’était pas sûr. D’autre part Nouveau lui avait dit qu’il devait être le 12 mars à Bruxelles. C’est la raison pour laquelle Rimbaud demanda à Verlaine d’envoyer le manuscrit des Illuminations à Bruxelles à Germain Nouveau. C’était plus sûr que de les confier à l’auteur des Valentines avant d’aller à Stuttgart et cela obligeait Verlaine à « casquer » pour envoyer le paquet qui lui coûta d’ailleurs 2f 75 de frais de port.


Des recherches ont été entreprises pour retrouver dans les archives ardennaises, la localisation de la chambre de Germain Nouveau, mais cela n’a rien donné pour l’instant.


Sur le problème du manuscrit des Illuminations voir notre article précédent.

dimanche 14 mars 2021

Polémique autour d'un nouveau dictionnaire Rimbaud

7 ans après le dictionnaire Rimbaud de Jean-Baptiste Baronian un nouveau dictionnaire Rimbaud a été publié par les éditions des classiques Garnier. Or voici qu’un article de David Ducoffre au titre provocateur : « N’oublie pas de chier sur le dictionnaire Rimbaud si tu le rencontres (partie 1 : contextualisation) »  annonce une suite qui devrait-être une critique virulente. Le titre de l’article est inspiré d’une lettre de Rimbaud à Ernest Delahaye où il écrivait en juin 1872 : « N’oublie pas de chier sur La Renaissance, journal littéraire et artistique, si tu le rencontres ».


David Ducoffre n’est pas un inconnu des rimbaldiens. Il s’est notamment illustré par des découvertes remarquables sur l’Album zutique dont il est le meilleur connaisseur. Il a participé pendant plusieurs années au blog Rimbaud ivre en publiant des articles référencés par le nouveau dictionnaire. L’article de Ducoffre a été relayé par Alain Bardel sur son site. Et c’est là que la situation devient amusante car Alain Bardel qui a participé au nouveau dictionnaire répond en quelque sorte à Ducoffre en qualifiant le dictionnaire de « génial »


En ce qui me concerne je ne compte pas intervenir dans cette polémique. Néanmoins je désire donner une mise au point sur la notice de Michel Murat qu’il a donnée dans ce dictionnaire sur les Illuminations. 

Voici un premier extrait de sa notice où il explique la question des f bouclés sur les manuscrits de Rimbaud :



« C’est ici qu’intervient l’analyse graphologique, dont Bouillane de Lacoste a été l’initiateur. L’indice le plus probant qu’elle fournit est le f à boucle inférieure droite : celui-ci apparaît dans tous les manuscrits des Illuminations, ainsi que dans les lettres et documents à partir de 1875, alors que les brouillons d’Une saison en enfer, qui datent au plus tard du printemps 1873, montrent encore partout la forme antérieure, sans boucle ou se prolongeant en bas vers la gauche. Il s’agit d’un geste automatisé, plus sûr comme critère de datation que celui auquel recourt André Guyaux dans sa thèse, à savoir l’opposition entre une graphie « sinistrogyre », parfois plus ornée, de certains feuillets isolés (dont «Après le Déluge »), et une graphie « dextrogyre », plus cursive, des poèmes se chevauchant d’un feuillet à l’autre. La graphie du f permet de distinguer deux périodes, mais pour la phase charnière ( fin 1873-1874), nous disposons de très peu de documents autographes »


Dans mon article : « La lettre de Rimbaud du 16 avril 1874 et la transmission des Illuminations » ( Rimbaud Vivant N° 58, p. 23) j’ai noté que la lettre du 16 avril ne comportait aucun f bouclé par le bas et que par conséquent la mise au net des Illuminations par Rimbaud et Nouveau ne pouvait pas avoir lieu avant le 16 avril. Mais le départ de Londres de Germain Nouveau peu après cette date ne permettait plus de comprendre quand cette mise au net avait eu lieu. Cependant je pense avoir prouvé que cette mise au net a pu avoir lieu au début de l’année 1875 avant le départ de Rimbaud à Stutgardt, car Germain Nouveau avait rejoint Rimbaud à Charleville à cette date.


Voici un second extrait de la notice où Michel Murat rend compte de mon article 


«  dans la lettre du 16 avril 1874 à Jules Andrieu, tous les f sont sans boucle, ce qui est de nature à remettre en cause la datation au printemps 1874 de la copie en collaboration avec Nouveau, dont tous les f sont bouclés (Bienvenu 2019 : 23-28. Bienvenu déduit de cette observation que la copie avec Nouveau a eu lieu à Charleville au début de 1875). Pour maintenir cette datation, il faut supposer que Rimbaud disposait, à un moment donné, de deux f concurrents, comme il pouvait disposer de plusieurs styles graphiques. La graphie de la lettre à Andrieu est très idiosyncrasique, jusqu’à afficher une certaine extravagance. La copie continue des Illuminations est plus sage et régulière : elle a un aspect pré-typographique, et il est possible que Rimbaud ait jugé le f bouclé plus conforme à cet usage. »


Je ne comprends pas ce que Michel Murat veut dire quand il dit que Rimbaud aurait pu se conformer à un usage pré-typographique pour choisir d’écrire avec des f bouclés. Cela a d’autant moins de sens que Rimbaud qui avait publié son livre d’Une saison en enfer savait que les f n’étaient pas bouclés dans cet ouvrage.


f de festin non bouclé dans l'édition originale.

Puis Murat conclut : « Doit-on donner priorité à la graphologie (incertaine) ou à la biographie ( incomplète) ? Entre ces deux hypothèses rien ne permet de trancher »


La démonstration que j’ai donnée, je la maintiens et les arguments de Michel Murat  qui reste dans l’indécision ne me paraissent pas recevables.


Dans mon article, j’avais signalé que l’inscription de Rimbaud à Londres au British Muséum, le 4 avril 1874 montrait un f non bouclé. 


f de Stamford non bouclé.

Je précise ici que Steve Murphy l’avait remarqué dans son tome IV des Œuvres complètes de Rimbaud. Il écrit ceci : « On remarque que le f de Stamford présente la forme non bouclée…dont les manuscrits accessibles des Illuminations ne fournissent pas une seule attestation. Bizarrement, H. de Bouillane de Lacoste n’a pas relevé ce détail frappant dans son commentaire de cette inscription. Il serait sans doute hasardeux d’en tirer des conclusions pour la datation des transmissions des Illuminations […] » Mais ajoute à la fin : «  Il n’est pas absolument exclu que les manuscrits des Illuminations soient tous postérieurs à cette date. »

Murphy ne croyait pas si bien dire puisque je pense que leurs mises au net datent de janvier 1875.


mercredi 3 mars 2021

Un portrait mal connu de Cabaner

 
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On connaît le portrait de Cabaner, par Manet. Dans le livre référence sur le musicien : Ernest Cabaner, musicien catalan, grand animateur de la vie parisienne, ami intime de Rimbaud et des Impressionnistes, par Claude Colomer, l’auteur signale que Paul Alexis a inventorié pour la première fois en 1887, dans le Cri du peuple, N° 44 « Chez Renoir » un tableau représentant notamment Cabaner. Il précise : que ce tableau représente une réunion en 1876, dans l’atelier de la rue Saint Georges, de cinq amis du peintre, où l’on voit Cabaner dont le profil se détache, à droite, sur la tête de Pissaro. Puis il ajoute que le tableau passa dans la collection du docteur Viau, peinture vendue en 1907 dont on donne une description erronée : la figure désignée comme étant celle de Murer est le portrait de Cabaner. 



Dans l’article de Paul Alexis les personnages mentionnés sont : Alphonse Daudet, Cabaner, Pissaro, Riviere, et  Cordey.
On verra que Daudet n’y est pas représenté. Le problème est que dans des livres d’Art récents la place et le nom des personnages ne sont pas assurés. Après une petite recherche on parvient cependant à avoir une description précise et certaine grâce à Georges Rivière qui figure sur le tableau et qui l’a donnée dans son livre Renoir et ses amis. C’est l’ordre mentionné sur le tableau en tête de notre article.

Pour quelques informations concernant les personnages du tableau nous reproduisons un extrait des archives du Monde sur cette question  : 

Trois ans après son arrivée rue Saint-Georges, Renoir a peint l'une de ces soirées entre amis dans L'Atelier de la rue Saint-Georges. Cinq personnages sont assis, en train de deviser. De gauche à droite : Lestringuez, Georges Rivière, Pissarro, Frédéric Cordey. De dos : Ernest Cabaner. Le choix de cet échantillon est intéressant, par ce qu'il montre et par ce qu'il élimine. Sur les cinq commensaux, seulement deux peintres. L'un, Cordey, est un ami de toujours, un camarade de l'atelier Gleyre. L'autre, Pissarro, est un ancien (il a onze ans de plus que Renoir) déjà chargé d'expérience et un peu hors du temps. Un second rôle et un vétéran...
L'ATELIER de la rue Saint-Georges n'est pas un tableau-manifeste, cherchant à réunir la nouvelle génération, comme l'avaient fait Fantin-Latour et Bazille dans leurs Ateliers des Batignolles. Ni Manet, ni Degas, ni Monet (pourtant si proche), ni Sisley, ni Cézanne... n'ont été convoqués. C'est que l'idée même d'une école ou d'un groupe organisé fait horreur à Renoir. Même s'il se sent solidaire d'un mouvement, il est d'abord un individualiste. Son petit cénacle n'est pas une écurie de peintres. Il est ouvert à d'autres horizons. Deux des trois autres personnages sont des fonctionnaires. Ils font partie de la bourgeoisie éclairée, entre notables et bohème, qui forme une part importante de la communauté artistique de cette époque. Ce sont des originaux, fidèles à leur milieu, mais vivant en marge. Des esthètes, des idéalistes, souvent habités par des marottes. Lestringuez travaille au ministère de l'intérieur et se passionne pour les sciences occultes. C'est un spécialiste de la kabbale. Georges Rivière, avec ses cheveux longs et sa petite moustache, est au ministère des finances et il écrit. Tous les deux ont des loisirs et un grand intérêt pour la peinture. Tous les deux feront carrière dans leur administration et deviendront des bourgeois respectables, tout en restant les amis de Renoir. Rivière est l'auteur de la première biographie du peintre, parue en 1921. Le cinquième personnage, Ernest Cabaner, originaire de Perpignan, est un musicien famélique, une figure de la bohème artistique du Quartier latin et de Pigalle.

mercredi 24 février 2021

Histoire de la découverte d'une lettre de Rimbaud

CADN archives. DR.

La lettre du mercredi 12 octobre 1887 de Rimbaud au Vicomte de Petiteville,
  Consul de France à Beyrouth, (Pléiade p.609) se trouvait au ministère des Affaires étrangères de cette ville. On raconte ici la découverte de cette lettre.


En 1930 Henri Hoppenot découvrait dans un article du Mercure de France : intitulé « nouveaux documents sur Rimbaud » que Marguerite-Yerta Méléra parlait incidemment d’une lettre « du consulat de France en Syrie, qui donnait des renseignements et des conseils pour l’élevage des mulets que Rimbaud -en octobre 1887- songeait à entreprendre ».

Comme il était à cette époque conseiller politique du Haut-Commissariat de la république à Beyrouth, il s’occupa de faire rechercher cette lettre que mentionnait Mme Méléra aux archives du consulat de France au Liban. On la retrouva et on lui confia cette lettre. Cependant il ne la publia que 17 ans plus tard grâce à son ami Georges Blin qui confiait des articles pour une revue de poésie et de littérature, la revue Fontaine


Collection JB.

C’est dans cette revue que la lettre fut publiée avec un fac-similé en 1947.


Collection JB. DR.

Cependant l’autographe disparut pendant longtemps avant de réapparaître curieusement dans une vente à Drouot en 2004 . Elle fut récupérée la même année par les archives du ministère des Affaires étrangères. Elle se trouve actuellement au centre des Archives diplomatiques de Nantes qui nous a donné aimablement l’autorisation de la publier sur ce blog. Dans sa présentation de la lettre Henri Hoppenot écrivait : « Telles quelles, ces lignes n’ajoutent rien à notre connaissance de leur auteur. Est-ce par suggestion que j’y crois percevoir à travers la coulée de la phrase et la résonance de certains mots, l’écho mourant du langage renoncé ? »


Mme Méléra n’a pu connaître l’existence de cette lettre que dans les papiers de  Berrichon qui cependant ne l’avait pas publiée dans sa correspondance. Ce n’était possible qu’avec la réponse du consul de Beyrouth du 3 décembre 1887 qui mentionnait la date de l’envoi de Rimbaud. Le manuscrit de cette lettre du 3 décembre se trouve au musée Rimbaud. 


Pour conclure, sans Mme Méléra, si critiquée pour sa biographie de Rimbaud de 1930, on n’aurait vraisemblablement jamais retrouvé cette lettre.