dimanche 6 novembre 2022

Eugène Nyon, l’homme qui a répondu à Rimbaud

 

Eugène Nyon

Cet article est la suite du précédent.

On ne s’est pas beaucoup intéressé à l’homme qui avait répondu à Rimbaud dans La revue pour tous. Il s’appelait Eugène Nyon. C’était un homme de lettres qui écrivait notamment des vaudevilles et des textes destinés aux enfants. Son ouvrage le plus connu est Le colon de Mettray destiné à la jeunesse.


Rimbaud a certainement voulu le lire. Or le sujet du livre n’est pas sans rapport avec Les Étrennes des Orphelins. Il raconte l’histoire de deux enfants Joseph 12 ans et Donatien 8 ans. Ces deux enfants sont sans parents. Donatien est orphelin et Joseph a perdu sa mère et est élevé par une belle-mère qui le bat. Il s’enfuit de la maison.


On observe que dans Les Étrennes des Orphelins ce sont aussi  deux enfants.


Dans le livre de Nyon,  Il est question d’une maison de correction Clairvaux abominable et d’une autre qui améliorait le sort des enfants et qui au temps de Rimbaud, était une réussite.


Mettray

Il raconte une suite d’évènements tragiques, mais à la fin on se rend compte que ce n’était qu’un mauvais rêve et tout finit bien.


Rimbaud a repris l’idée du rêve : « un rêve joyeux » , « Ils rêvent que, penchés sur leur petit bras rond rond, / Doux geste du réveil, ils avancent le front,/ Et leur vague regard tout autour d’eux se pose…/ Ils se croient endormis dans un paradis rose…


Mais au réveil c’est une terrible déception car ils ne trouvent comme étrennes q’une couronne mortuaire qui leur rappelle que leur mère est morte.



À cela il faut ajouter que Nyon est mort le 29 janvier 1870. Le Gaulois du premier février 1870 précise qu’il était atteint d’un cancer et qu’il s’était alité trois semaines avant. Donc Nyon a répondu à Rimbaud une semaine avant de s’aliter. La revue pour tous n’a pas survécu à la mort de son directeur et ceci explique que Rimbaud n’a pas cherché à écrire à nouveau dans cette revue parisienne qui avait beaucoup de lecteurs.


Gaulois. Premier février 1870

En conclusion Rimbaud avait avant tout une stratégie pour être publié et il avait certainement cherché à se documenter sur le directeur de La revue pour tous.



3 commentaires:

  1. Il n'est d'ailleurs pas impossible que la mère de Rimbaud ait menacé son fils de l'envoyer à Mettray, comme plus tard on menacera d'envoyer en pension ! On se souvient qu'Alfred de Sivry, le beau-frère de Verlaine, demi-frère de Mathilde, avait été envoyé à Mettray par son beau-père. Il lui en voudra à vie, on le sait par Verlaine. Rimbaud a dû avoir chaud aux fesses si j'ose dire, car le Département des Ardennes semble avoir eu un accord avec la colonie agricole pénitentiaire de Mettray, et y envoyait ses enfants encore en 1872. Il existe aux Archives départementales des Ardennes un registre poignant de ces enfants, avec leur histoire, leur comportement, ce qu'on leur reprochait, et les commentaires des éducateurs qui rendaient compte au Département qui finançait la colonie. Cote 1M134 aux ADA. FD

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  2. Lire Charles et non Alfred dans mon précédent post. Sur le faire-part de décès de Verlaine, document authentique qui passe en vente à Drouot ces prochaines semaines, Sivry est à tort écrit Civry. FD

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