Le jeudi 7 novembre à 17H 30 à l’hôpital de la Conception,
147 Bd Baille 13005 Marseille. Intervenants : Marie-Anne Bardey, Jacques Bienvenu et Alain Tourneux.
samedi 26 octobre 2013
dimanche 6 octobre 2013
Les enseignements du manuscrit de "Promontoire", par Jacques Bienvenu
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© Musée Rimbaud
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Le manuscrit autographe
de Promontoire est, à plus d’un titre, un document remarquable.
Ce poème en prose faisait partie de la liasse de poèmes qui se trouvèrent sur
le bureau de La Vogue en 1886. Il fut
publié dans le numéro 8 de la revue sous l’intitulé : « Illuminations
suite ». Il était suivi de deux autres poèmes en prose Scènes et Soir historique, puis de trois pièces de vers Michel et Christine, Bruxelles,
Honte. Après les publications
hebdomadaires puis en plaquette de La Vogue,
ce manuscrit parvint ensuite à l’éditeur Vanier qui le vendit au docteur
Octave Guelliot. Ce médecin l’avait acheté avec le livre de l’édition Vanier
des Illuminations et de la Saison en enfer de 1892, dans lequel
le manuscrit était inséré. Un fac-similé
de ce manuscrit fut révélé seulement en
1933, et la fille du docteur Guelliot en fit don par la suite au musée Rimbaud de
Charleville où il est à présent conservé. On peut lire en haut à gauche de ce
feuillet qu’il comporte de « légères
variantes » avec la page 34 de l’édition Vanier de 1892. Voici cette page
34 :
| page 35 |
Ces « légères
variantes » sont en vérité d’importantes différences entre le manuscrit et
la version imprimée. On constate notamment que les mots « Scarbro’ »,
« penchants des têtes d’Arbre du Japon » ont été supprimés ; qu’une
ligne entière du manuscrit a sauté : « des côtes, - et même aux ritournelles des vallées ».
Cependant, il se trouve que ce n’est pas le manuscrit de Promontoire qui a servi directement pour l’impression dans La Vogue, mais une copie allographe. La première page de cette copie a figuré au catalogue de la vente Berès du 20 juin 2006.Voici, pour la première fois, les deux pages de ce manuscrit allographe qui est conservé lui aussi au Musée Rimbaud de Charleville.
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© Musée Rimbaud
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© Musée Rimbaud
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On observe que les deux
pages de ces feuillets comportent certaines erreurs reproduites dans les
éditions de La Vogue (revue
hebdomadaire et plaquette) et dans l’édition de Vanier, notamment la ligne
entière du manuscrit qui a sauté comme on peut le constater sur la deuxième
page du document allographe. On mesure avec quelle légèreté le manuscrit
original a été reproduit.
Mais les conséquences importantes de cette information
sont ailleurs. On réalise que le manuscrit de Promontoire est le seul des manuscrits de Rimbaud publiés par La Vogue à ne pas être paginé. Tous les
autres manuscrits publiés dans cette
revue, comportent, sans exception, un chiffre dans la marge où en haut du
feuillet. Le manuscrit allographe de Promontoire
comporte la numérotation qui correspond à celle du numéro 8 de la Vogue et on voit aussi la signature d’un prote qui
indique le nombre de lignes. On comprend d’ailleurs ce qu’il a dû se passer. Le
manuscrit étant très raturé, il semble vraisemblable que ce soit pour cette
raison qu’il ait été retranscrit. Il en résulte que Rimbaud ni aucun autre, ne
l’avait paginé, bien qu’il fît partie de
la liasse des poèmes en prose de La Vogue.
Si Rimbaud avait paginé les poèmes d’Après
le Déluge à Barbare dans le but
de constituer un recueil cohérent, on se demande pour quelle raison il aurait
oublié Promontoire qui s’apparente de
près à d’autres poèmes de l'hypothétique recueil. Lorsque Fénéon a présenté l’édition
en plaquette de La Vogue, il a tout
naturellement regroupé Promontoire
avec Villes, Métropolitain et Scènes.
Dans la seconde édition de son livre, parue en 2013, L’Art de Rimbaud, Michel Murat explique d’abord que Fénéon avait compris « les enjeux idéologiques » des poèmes en prose, en bon anarchiste qu’il était, en redistribuant les poèmes dans la plaquette de La vogue, mais qu’on ne pourrait en déduire que Fénéon avait dès le début « suivi sa propre inspiration » pour folioter les manuscrit de la BN. Il ajoute en note :
Dans la seconde édition de son livre, parue en 2013, L’Art de Rimbaud, Michel Murat explique d’abord que Fénéon avait compris « les enjeux idéologiques » des poèmes en prose, en bon anarchiste qu’il était, en redistribuant les poèmes dans la plaquette de La vogue, mais qu’on ne pourrait en déduire que Fénéon avait dès le début « suivi sa propre inspiration » pour folioter les manuscrit de la BN. Il ajoute en note :
C’est la thèse soutenue récemment par Jacques
Bienvenu : « Le fait que Fénéon a complètement changé, dans la
plaquette, l’ordre adopté par lui dans La
Vogue hebdomadaire, prouve bien qu’il avait dès le début, suivi sa propre
inspiration » (Jacques Bienvenu, « la pagination des Illuminations, consulté le 26/09/2012
sur internet à l’adresse : http://rimbaudivre.blogspot.fr/2012/02/la-pagination-des-illuminations-par.html.) Que Fénéon soit
responsable de la pagination de la préoriginale, c’est précisément ce qui reste
à démontrer : l’argument relève d’une pétition de principe.[1]
Une première remarque
est que Michel Murat m’attribue une phrase qui n’est pas de moi mais de
Bouillane de Lacoste[2] ce
qui en modifie la portée. En effet, on a peu souligné le fait que l’expert en graphologie rimbaldienne, Bouillane de Lacoste,
ne pensait pas que la pagination était de Rimbaud.
La deuxième remarque est que
ce n’est pas « une pétition de principe » de penser que Fénéon était responsable de la pagination de la préoriginale.
On a tout de même son témoignage, le seul qui soit vraiment précis dans une
lettre du 30 avril 1939 à Bouillane de Lacoste : « j’ai préparé les
Illuminations non seulement pour leur publication dans le périodique, mais pour
leur réimpression en plaquette. Si entre ces deux opérations, leur ordre s’est
modifié, ce changement, quelque inopportun et fâcheux qu’il puisse être, m’est expressément
imputable »[3].
Michel Murat cite de manière inexacte et partielle cette lettre, avec une
mauvaise référence, dans sa nouvelle
édition : « De l’une à l’autre[4],
le changement m’est expressément imputable »[5] en
ne citant pas la phrase qui précède. Cette citation tronquée ne montre pas que
Fénéon s’est occupé des deux publications. Observons, en outre, que Fénéon se souvient d’une mutation de personnel, au
moment de la publication du numéro 6, laquelle est attestée par les nouveaux
noms des protes qui apparaissent à partir du numéro7 dans les marges des
manuscrits[6]. Ce
changement de personnel correspond d’ailleurs à une nouvelle pagination des
manuscrits. D’autre part ce témoignage de Fénéon dans la lettre de 1939 rejoint celui qu’il
avait donné dans son compte rendu des
Illuminations donné dans Le Symboliste en 1886 : « Les
feuillets, les chiffons volants de M. Rimbaud, on a tenté de les distribuer
dans un ordre logique. »
Une troisième remarque, la plus importante à mon
sens, est que Michel Murat ne renvoie pas à la seconde partie de mon article où l’essentiel de mon raisonnement est formulé[7]. Le
jugement de Bouillane de Lacoste n’était qu’une introduction à l’ensemble de ma
démonstration où je réfute l’hypothèse d’une pagination autographe par des arguments codicologiques précis. J’ajoute que
dans sa première version de L’Art de Rimbaud, Michel Murat avait écrit dans son paragraphe « Le recueil » (page
260, édition 2002) : « Dans le cas où l’hypothèse de la pagination
autographe, dont cette réflexion sur le recueil est tributaire, serait réfutée
de façon décisive, les remarques qui suivent conserveraient une partie de leur
portée[…] » Dans la nouvelle version de 2013, au même paragraphe
« Le recueil » (page 213) on observe que la phrase précédente a été
supprimée. On voit que pour Michel Murat l’hypothèse du manuscrit paginé par
Rimbaud est acceptée à présent sans réserve. La question de la pagination des
manuscrits est purement factuelle. Il ne doit pas y avoir de « pétition de
principe » ou « d’enjeu idéologique » dans ce débat. Le manuscrit
de Promontoire, non paginé et publié
dans les conditions que l’on vient de voir, est une pièce supplémentaire à ajouter
au dossier et une raison de plus de ne pas attribuer à Rimbaud la pagination
des manuscrits publiés dans La Vogue.
[2]
Arthur Rimbaud, Illuminations, édition critique par H.
de Bouillane de Lacoste, Paris, Mercure de France, 1949, p.155
[3] Ibid., p.139.
[4] C’est moi qui souligne l’erreur
de transcription.
[5] L’Art de Rimbaud, op.cit, p.203, note 25..Michel Murat écrit que la
lettre est citée p. 139 dans La thèse de Bouillane de Lacoste Rimbaud et le problème des Illuminations
alors qu’il s’agit de l’édition des Illuminations
par le même Bouillane.
[6] Arthur Rimbaud, Illuminations, Bouillane de Lacoste, ed.
cit., p.141
[7]
À la date où Michel Murat a
consulté la première partie de
l’article, le 26/09/2012, la seconde partie était en ligne, annoncée et
accessible par un lien à la fin du premier article.
jeudi 19 septembre 2013
dimanche 8 septembre 2013
" Rimbaud patriote ?", par Jacques Bienvenu
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| © Musée Rimbaud |
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| © Musée Rimbaud |
Nous dévoilons ici, pour la première fois, la feuille entière du Progrès des Ardennes du 25 novembre 1870, recto-verso. Ce journal qui contient l’article Le rêve de Bismarck signé Jean Baudry alias Arthur Rimbaud, est à présent au Musée Rimbaud. Je remercie vivement Alain Tourneux de m’avoir donné l’autorisation de le publier ici.
Le Rêve de Bismarck a relancé la question du patriotisme de Rimbaud. Historiquement elle s’était
posée en ces termes : Rimbaud avait écrit à Izambard le 25 août 1870 :
« c’est épatant, comme ça a du chien, les notaires, les vitriers, les percepteurs,
les menuisiers, et tous les Ventres, qui chassepot au cœur, font du patrouillotisme
aux portes de Mézières ; ma patrie se lève ! … Moi j’aime mieux la
voir assise ; ne remuez pas les bottes ! C’est mon principe. »
La situation était claire concernant le patriotisme du poète à ce moment-là. Mais en 1927, Izambard a révélé que Rimbaud avait écrit en septembre 1870, lors de son séjour à Douai, une pétition adressée au maire de cette ville. Il y réclamait des fusils pour ceux qui faisaient partie de la garde nationale. Le professeur en déduisait que depuis la proclamation de la république, le 4 septembre, Rimbaud s’était tout d’un coup retrouvé militariste et patriote. Izambard employait le terme de quatre-septembriste, pour qualifier le ralliement de Rimbaud à la guerre contre les Prussiens. Disons un mot de cette pétition. Il s’agit d’un texte manuscrit de la main de Rimbaud qui porte à la fin une seule signature, celle d’un certain Félicien Petit, seul à avoir signé la pétition. Comme le souligne Bouillane de Lacoste, il s’agit d’une écriture calligraphiée qui intéresse peu le graphologue et où il observe quelques singularités. Il est permis de penser que c’est en présence de ce Félicien Petit que Rimbaud a recopié un texte dont Petit lui a peut-être soumis le brouillon (la signature de Félicien Petit semble de la même encre que le manuscrit). Ce qui fait qu’on n’est même pas assuré que ce soit Rimbaud tout seul qui ait rédigé ce texte. Les souvenirs d’Izambard sont vieux de 57 ans quand il écrit son article, et on peut douter que Rimbaud ait manifesté le désir de s’engager avec son professeur dans la garde nationale. Curieusement, les premières publications du manuscrit de la pétition évitaient de donner la fin du document avec la signature de Félicien Petit. Izambard précisait même : « Il n’y aurait pas grand intérêt à reproduire en entier cet autographe » Ce n’est que récemment que Claude Jeancolas a publié, le premier, l’intégralité avec la signature finale.
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| Source : Passion Rimbaud |
La publication du Rêve de Bismarck semble appuyer de
manière décisive la thèse d’Izambard d’un Rimbaud devenu patriote après le 4
septembre. Néanmoins, il ne faut pas conclure trop vite. À la demande de Jacoby
qui voulait des articles d’actualité et non des poèmes, Rimbaud avait envoyé au
Progrès des Ardennes une caricature
de Bismarck. Ceci peut simplement montrer que Rimbaud n’aimait pas le militarisme
allemand, pas plus qu’il n’appréciait celui de la France qui avait déclaré la
guerre. C’était, en outre, une occasion pour lui de publier un article dans la
presse. Observons qu’il est étonnant que Delahaye n’ai rien su de cette
publication dont il avait donné cependant une description assez proche dans ses
souvenirs. On a beaucoup glosé sur le manque de fiabilité de Delahaye qui
révèle cependant à cette occasion qu’il avait une bonne mémoire. En revanche,
personne n’ose mettre en doute la parole d’Izambard qui serait le plus fiable
des témoins même quand il donne des souvenirs de près de soixante ans.
Je ne trancherai pas
sur le patriotisme de Rimbaud pendant la période qui succède au quatre
septembre 1870. Je me borne à observer que moins de deux mois après la
rédaction de la pétition, il écrit le 2 novembre 1870 à Izambard à
propos de la guerre : « Par-ci par là, des francs-tirades – Abominable
prurigo d’idiotisme, tel est l’esprit de la population. On en entend de belles,
allez. C’est dissolvant. »
Rien de fondamental ne
semble avoir changé. Il est utile dans ce débat sur le patriotisme de Rimbaud
de donner le tract que les surréalistes avaient distribué le jour de l’inauguration
du second buste de rimbaud à Charleville, le 23 octobre 1927. Je donne les pages
de cet article connu qui s’intitulait Permettez ! et qui émettait quelques doutes sur la patriotisme de Rimbaud.
Fermeture d'un grand site rimbaldien, par Jacques Bienvenu
Le site mag4.net a « fermé
ses portes » après quinze ans d’existence à la surprise générale. C’est
une grande perte pour tous les amateurs de Rimbaud. Avec plus de trois millions
de visiteurs, il avait connu un succès considérable. Il présentait au public une impressionnante série de documents, dont l’intégrale de l’œuvre poétique du
poète, des documents iconographiques, des lettres etc. La présentation des
poèmes était illustrée avec un sens de l’art consommé. Très bien informé, très
précis, remis à jour avec soin, mag4.net sera sans doute irremplaçable. L’auteur du site, Catherine, n’a
pas souhaité nous donner les raisons de cette fermeture soudaine. Respectons sa
décision. Permettons-nous simplement de la remercier pour ce travail totalement
bénévole, réalisé avec passion et qui a représenté certainement des milliers d’heures de travail.
Catherine maintient la fermeture de son site, néanmoins on peut lire à présent à la même adresse qu’ « à titre d’archives pour les étudiants, certaines pages resteront en ligne, tant que durera l’hébergement, et plus particulièrement la partie anglaise. » Ces pages permettent de lire une biographie en deux partie : Du poète à l’Aventurier, avec de très nombreux liens qui permettent de retrouver notamment des documents iconographiques et des lettres. L’ensemble de l’œuvre poétique est accessible sous la forme de l’ancien site avec ses traductions anglaises.
Mise
à jour du 21/09/2013.
Catherine maintient la fermeture de son site, néanmoins on peut lire à présent à la même adresse qu’ « à titre d’archives pour les étudiants, certaines pages resteront en ligne, tant que durera l’hébergement, et plus particulièrement la partie anglaise. » Ces pages permettent de lire une biographie en deux partie : Du poète à l’Aventurier, avec de très nombreux liens qui permettent de retrouver notamment des documents iconographiques et des lettres. L’ensemble de l’œuvre poétique est accessible sous la forme de l’ancien site avec ses traductions anglaises.
mercredi 28 août 2013
"Le portrait de Rimbaud par Jef Rosman est-il authentique ?", par Jacques Bienvenu
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| Rimbaud par Jef Rosman. Collection du Musée Rimbaud |
Sur les quatre volets du paravent situés en haut à gauche
du tableau (dont nous donnons la reproduction ci-dessus) on peut lire : Épilogue à
la Française. Portrait du Français Arthur Rimbaud blessé après boire par son
intime le poète français Paul Verlaine. Sur nature par Jef Rosman. Chez Mme
Pincemaille, marchande de, tabac, rue des Bouchers, à Bruxelles.
L’histoire de ce tableau commence le 5 avril 1947 lorsque Le Figaro
littéraire révéla au
public un portrait représentant Rimbaud blessé après avoir reçu de Verlaine un
coup de revolver, en juillet 1873 à Bruxelles. Sous la signature de Maurice
Monda, l’article était intitulé : « Épilogue du drame de Bruxelles,
un portrait inconnu de Rimbaud. »
Le grand rimbaldien Pierre Petitfils en avait déjà parlé,
quelques mois auparavant, dans le numéro 6 d’une revue assez confidentielle :
Le Rimbaldien. Il émettait des doutes
sur l’authenticité du portrait et s’étonnait que Rimbaud « ait accepté de
poser dans cette attitude et de livrer à la postérité la révélation d’un
incident humiliant ». Il récidivait dans La
Grive de juillet 1947 en
ajoutant que le tableau était probablement une œuvre
apocryphe. Il avait, en outre, écrit une longue lettre au rédacteur en chef du Figaro littéraire en lui déclarant que ce portrait était incontestablement un faux. Maurice Monda, piqué au vif, lui répondit par cette lettre publiée dans un article de La Grive d’octobre 1947 :
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| Le Rimbaldien, numéro 6, article de Pierre Petitfils |
apocryphe. Il avait, en outre, écrit une longue lettre au rédacteur en chef du Figaro littéraire en lui déclarant que ce portrait était incontestablement un faux. Maurice Monda, piqué au vif, lui répondit par cette lettre publiée dans un article de La Grive d’octobre 1947 :
À
propos d’un portrait inédit de Rimbaud
Dans notre dernier Numéro, notre collaborateur PIERRE PETITFILS a émis des doutes quant à
l'authenticité du Portrait de Rimbaud reproduit et commenté, dans « Le
Littéraire » du 5 avril dernier, par M.
MAURICE MONDA.
Nous avons reçu de M. Maurice Monda, qui est l'auteur des
bibliographies de Rimbaud, de Verlaine et de Mallarmé et le Secrétaire général
des « Amis de Verlaine », la lettre suivante
Paris,
le 22 juillet 1947
Mon
cher confrère,
Dès la publication dans « Le Littéraire »
du portrait de Rimbaud, M. Maurice Noël, rédacteur en chef de ce journal, a
reçu de M. Petitfils (dont j'admire l'ardeur partisane), une longue lettre
tendant à démontrer par des arguments imaginatifs et sentimentaux (mais certes
non contrôlés) que ce portrait était « incontestablement un faux ».
J'ai répondu à M. Maurice Noël; de façon
non moins longue, et cette réponse, qui date donc d'avril dernier, a dû être
transmise en temps voulu à M. Petitfils par les soins du « Littéraire ». Or,
quelle n'est pas ma surprise en constatant que dans « La Grive » de Juillet,
non seulement la moindre allusion à cette réponse n'est formulée, mais que bien
au contraire, M. Petitfils réitère en termes identiques son opinion : « Il y a
de fortes chances que ce tableau soit une œuvre apocryphe. »
Je veux croire que ma lettre n'est
pas parvenue à M. Petitfils. Je me vois donc contraint de vous demander de
donner asile à cette réfutation des arguments personnels de M. Petitfils.
Le peintre Jef Rosman et la dame
Pincemaille « qui sont peut-être des noms nouveaux pour les Rimbaldiens » ne
sont pas, à coup sûr, inconnus des Belges et M. Matarasso en possède toutes les
preuves. Le portrait a été fait pendant un séjour de Rimbaud à Bruxelles,
(séjours que mes amis Ernest Raynaud et Ernest Delahaye m'ont toujours
confirmés. Voir Bibliographie de Rimbaud, par Monda et Montel).
La légende : « Epilogue à la française.
Portrait du Français Arthur Rimbaud, blessé après boire, par son intime le
poète français Paul Verlaine, sur nature, par Jef Rosman, chez Mme Pincemaille,
marchande de tabac, rue des Bouchers, à Bruxelles », doit être postérieure à
l'exécution du portrait, car incontestablement, Rimbaud ne l'aurait pas
tolérée. Mais cependant cette remarque qui a son importance : LE FRANÇAIS ARTHUR RIMBAUD (donc poète encore inconnu à cette
époque), par son intime, LE POÈTE
FRANÇAIS PAUL VERLAINE (poète
déjà connu, même en Belgique)
Enfin: conclusion de M. Petitfils: « Seule
une expertise pourrait établir si oui ou non ce tableau est âgé de 75 ans ».
Que M. Pierre Petitfils soit donc
satisfait: M. André Schoeler, l'expert bien connu et des plus qualifiés,
affirme que ce portrait a été exécuté, sans nul doute, d'après nature et entre
1873 et 1875. Il m'autorise à faire état de son affirmation. Je n'ai rien de
plus à ajouter.
Veillez croire, mon cher confrère, à mes
sentiments les meilleurs.
Maurice
Monda
Dans sa lettre, Maurice Monda déclarait qu’Henri Matarasso,
libraire et grand collectionneur des œuvres de Rimbaud, à l’époque, possédait toutes les preuves de l’authenticité
du portrait. Ces preuves Matarasso les a données, quelques mois plus tard, dans
un article du Mercure de
France du 1er novembre 1947 intitulé : « À
propos d’un nouveau portrait de Rimbaud ».
Pour l’expertise il écrivait : « M. Monda a eu
l’extrême obligeance de montrer le tableau à l’expert bien connu M. A. Schœler
» dont il reproduit le jugement : ce
portrait, sans nul doute d’après nature, a été fait entre 1873 et 1875, son
exécution sur panneau d’acajou est également un témoignage de cette époque et
rien ne peut faire douter de son authenticité.
Henri Matarasso dévoilait l’existence d’une dame
Pincemaille qui vivait avec sa fille marchande de tabac rue des Bouchers à
Bruxelles. Le seul problème, comme le précise son avocat chargé de faire
les recherches auprès des services de l’état civil belge, est que cette dame
Pincemaille n’a pas été inscrite rue des Bouchers avant le 13 août 1891 comme
sa fille qui n’avait que 10 ans à l’époque. Pour palier cette difficulté
Matarasso affirmait sans aucune preuve qu’elle était « revenue » à la
rue des Bouchers en 1891, ce qui permettait de supposer qu’elle y avait déjà
été en 1873.Quel argument !
Quant à Jef Rosman, Matarasso révélait l’existence d’un
certain Rosman André, Marie, Joseph né à Bruxelles le 31 janvier 1853. Ce qui
prouve naturellement que c’est bien celui-là qui a exécuté
le tableau puisqu’il avait vingt ans en 1873. Un joli coup de pinceau pour un
amateur dont personne n’a jamais retrouvé un tableau qu’il aurait exécuté.
D’ailleurs, l’état civil indique qu’il est sans profession.
À la suite de cet article, Pierre Petitfils fut pleinement convaincu. Il écrivit, peu après, dans le numéro 10 du Rimbaldien que les documents de Matarasso établissaient de manière irréfutable l’authenticité du portrait.
Néanmoins, le tableau fut présenté lors de l’exposition Rimbaud de 1954 à la Bibliothèque nationale avec la légende prudente : « Ce tableau aurait été fait à Bruxelles en 1873 ». Dans la biographie de Rimbaud, de Pierre Petitfils et Henri Matarasso (1962) le tableau était reproduit. Les auteurs se contentaient de mettre en note que c’était plus probablement « Petite rue des Bouchers » que le tableau avait été exécuté, conformément à l’état civil de Mme Pincemaille révélé par Henri Matarasso (Il existe, en effet, à côté de la rue des Bouchers à Bruxelles une Petite rue des Bouchers distincte de la précédente). En 1967, le tableau trouve sa consécration dans l’album Pléiade dont l’iconographie a été réalisée et commentée à nouveau par Pierre Petitfils et Henri Matarasso. Comme visiblement les documents de Matarasso laissaient un peu à désirer, l’enquête avait été reprise par Adriaan De Graaf dans le Mercure de France du 1er août 1956. Le rimbaldien hollandais découvrait l’existence d’une Anne Lorson, épouse Pincemaille, qui avait été inscrite comme fille de boutique au registre de la population de Bruxelles entre 1872 et 1874. A. de Graaf aurait retrouvé la descendante qui lui aurait affirmé que sa grand-mère était marchande de tabac rue des Bouchers. Le seul problème est qu’en 1873 Anne Lorson n’était pas encore mariée comme l’indique lui-même de Graaf à la note 4 de la page 632 de son article et donc ne s’appelait pas Pincemaille à ce moment-là… Ce qui fait que cette dame Pincemaille est encore moins crédible que la précédente.
Pierre Petitfils, qui avait trouvé que les documents publiés par Matarasso en 1947 étaient irréfutables, changea d’avis par la suite et écrivit dans sa biographie de Rimbaud publiée en 1982 que l’un d’entre eux était douteux : Il précisait que la Pincemaille-Porson [sic] d’A.de Graaf était plus vraisemblable que la « douteuse veuve Pincemaille » de Matarasso (p.411, note123). Plus récemment, Jean-Jacques Lefrère, dans sa biographie de Rimbaud, ne tranche pas : il donne les deux références Matarasso et A. de Graaf. Dans son livre Face à Rimbaud, il déclare que l’authenticité de ce tableau « est aujourd’hui reconnue ».
À la suite de cet article, Pierre Petitfils fut pleinement convaincu. Il écrivit, peu après, dans le numéro 10 du Rimbaldien que les documents de Matarasso établissaient de manière irréfutable l’authenticité du portrait.
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| Le Rimbaldien, numéro 10 |
Néanmoins, le tableau fut présenté lors de l’exposition Rimbaud de 1954 à la Bibliothèque nationale avec la légende prudente : « Ce tableau aurait été fait à Bruxelles en 1873 ». Dans la biographie de Rimbaud, de Pierre Petitfils et Henri Matarasso (1962) le tableau était reproduit. Les auteurs se contentaient de mettre en note que c’était plus probablement « Petite rue des Bouchers » que le tableau avait été exécuté, conformément à l’état civil de Mme Pincemaille révélé par Henri Matarasso (Il existe, en effet, à côté de la rue des Bouchers à Bruxelles une Petite rue des Bouchers distincte de la précédente). En 1967, le tableau trouve sa consécration dans l’album Pléiade dont l’iconographie a été réalisée et commentée à nouveau par Pierre Petitfils et Henri Matarasso. Comme visiblement les documents de Matarasso laissaient un peu à désirer, l’enquête avait été reprise par Adriaan De Graaf dans le Mercure de France du 1er août 1956. Le rimbaldien hollandais découvrait l’existence d’une Anne Lorson, épouse Pincemaille, qui avait été inscrite comme fille de boutique au registre de la population de Bruxelles entre 1872 et 1874. A. de Graaf aurait retrouvé la descendante qui lui aurait affirmé que sa grand-mère était marchande de tabac rue des Bouchers. Le seul problème est qu’en 1873 Anne Lorson n’était pas encore mariée comme l’indique lui-même de Graaf à la note 4 de la page 632 de son article et donc ne s’appelait pas Pincemaille à ce moment-là… Ce qui fait que cette dame Pincemaille est encore moins crédible que la précédente.
Pierre Petitfils, qui avait trouvé que les documents publiés par Matarasso en 1947 étaient irréfutables, changea d’avis par la suite et écrivit dans sa biographie de Rimbaud publiée en 1982 que l’un d’entre eux était douteux : Il précisait que la Pincemaille-Porson [sic] d’A.de Graaf était plus vraisemblable que la « douteuse veuve Pincemaille » de Matarasso (p.411, note123). Plus récemment, Jean-Jacques Lefrère, dans sa biographie de Rimbaud, ne tranche pas : il donne les deux références Matarasso et A. de Graaf. Dans son livre Face à Rimbaud, il déclare que l’authenticité de ce tableau « est aujourd’hui reconnue ».
On voit bien le rôle déterminant de Pierre Petitfils dans cette reconnaissance. Il croyait à son
authenticité après en avoir douté ce qui renforçait sa conviction. Pierre
Petitfils, admirateur inconditionnel de Rimbaud, était à l’affût de nouveaux
documents et fit preuve parfois d’un emballement un peu rapide. Ainsi, avait-il
donné foi à des souvenirs apocryphes sur
Rimbaud et avait cru découvrir un poème de Rimbaud qui était en fait de Scarron.
Il faut quand même
le dire : le dossier de l’authenticité est léger. L’affirmation
de l’expert qui date ce tableau à deux ans près n’a aucune valeur scientifique.
Matarasso ne donne d’ailleurs aucun certificat détaillé et se contente d’une
affirmation sans argument pour dater le tableau. L’existence d’un certain Rosman
né en Belgique en 1853 et sans profession n’autorise pas à inventer un peintre
Rosman qui aurait fait un portrait de Rimbaud. L’accumulation de détails écrits
sur le paravent du tableau est-elle une preuve d’authenticité ?
Pincemaille est un nom qui n’est pas rare en Belgique et les preuves qui
varient sur l’existence d’une dame Pincemaille, marchande de tabac rue des
Bouchers, laissent à désirer. L’inconnu Jef Rosman aurait été au courant de
l’incident Verlaine-Rimbaud resté confidentiel et aurait su que Verlaine était
l’intime de Rimbaud, cela semble vraiment très étonnant. À cela s’ajoute le
mystère complet sur la provenance du tableau. Le libraire qui le possédait et
dont on ignore le nom avait dit à Matarasso que ce portrait de Rimbaud
« avait appartenu à l’un de ses clients qui l’avait acheté au marché aux
puces et acquis pour la somme de 25 francs ! »
Il serait temps de remettre en cause l’authenticité de ce
portrait de Rimbaud et de reprendre ce dossier. Un faussaire qui pouvait
très bien connaître, à cette époque, la photographie de Carjat représentant Rimbaud, n’aurait
eu aucune peine à réaliser un portrait ressemblant. Le peintre s’est d’ailleurs
arrangé pour ne représenter que la tête, dissimulant même le poignet blessé de
Rimbaud sous les draps. Ce tableau fait partie d’une série de documents
rimbaldiens révélés par Le Figaro
littéraire comme le plus que douteux portrait de Rimbaud par Garnier.
Surtout, observons que Maurice Monda avait aussi reconnu comme authentique une
fausse carte de Delahaye, publiée par le Figaro
littéraire du 12 octobre
1935,et qui lui appartenait à l'époque.
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| Photographie Matarasso © J.Bienvenu |
Ce type de carte postale (Correspondance / Adresse) n'existait pas en 1885.Ce document eut quand même l'honneur de figurer aussi dans le fameux album Pléiade de Pierre Petitfils et Henri Matarasso.
Concernant nos dossiers iconographiques, on peut notamment consulter :
Polémique autour du visage de Rimbaud. Première partie, par Jacques Bienvenu
mardi 20 août 2013
Théo Van Rysselberghe
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| Quatre baigneuses par Théo Van Rysselberghe. Source : B.C. |
Dans la très remarquable
exposition Le Grand Atelier du Midi qui
se déroule jusqu’au mois d’octobre, conjointement à Marseille et Aix-en-Provence, on peut voir quatre toiles de Théo Van Rysselberghe. Trois à Marseille qui
représentent des baigneuses (respectivement : L’Heure embrasée, 1897 ; Baigneuses
au bord de l’eau, 1908-1909 ; Baigneuses
au cap Bénat, 1910) et une à Aix-en-Provence représentant un pin (Le Pin à La Fossette, 1919). Le peintre
belge s’était installé dans le var en 1890. On trouve son nom sur la liste de
ceux qui participaient vers 1900 à la souscription pour ériger une statue de
Rimbaud à Charleville. Tout récemment j’ai pu retrouver deux photographies par
Carjat représentant Rimbaud. Ces photographies avaient été offertes par
Isabelle Rimbaud à Mme Théo Van Rysselberghe. C’est grâce à Mme Catherine Gide,
malheureusement décédée cette année au mois d’avril, que la donation au Musée
Rimbaud a pu être réalisée. Je renvoie pour cela aux deux articles : Don de la Fondation Catherine Gide au musée Rimbaud, par Jacques Bienvenu et Gide et Gid, suivez le guide, par AlainTourneux.
JB
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